Acheter bio n’est ni un luxe, ni une idéologie. C’est un droit. Un droit à protéger sa santé aussi bien que l’environnement. Un droit qui reste pourtant inaccessible à une grande partie des consommatrices et des consommateurs. Parce que le bio est cher. Beaucoup trop cher.

Selon l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), la différence moyenne de prix entre produits bio et conventionnels est de près de 60%. Cette moyenne occulte des écarts bien plus prononcés: 175% pour les tomates grappe, 240% pour les oignons, 136% pour les choux-fleurs, plus de 100% pour la poitrine de poulet.

Les relevés que nous effectuons depuis plusieurs années montrent que l’OFAG sous-estime par ailleurs souvent ces différences. Et que les prix du bio augmentent plus rapidement que ceux des aliments conventionnels. Trois fois plus rapidement pour la viande.

S’il est légitime que les produits bio coûtent plus cher – on estime le coût de la production entre 20 et 40% de plus –, les tarifs appliqués par certains grands distributeurs ne sont tout simplement pas justifiables. Et ce ne sont pas les agriculteurs qui en profitent, mais bien les grands acteurs de la distribution. En particulier Coop et Migros.

Dans l’enquête que nous avons menée pour ce numéro, nous avons relevé les prix chez Aldi, Coop, Lidl et Migros sur une trentaine d’articles bio. Résultat des courses: Coop et Migros affichent des prix respectivement 30% et 28% plus élevés que les deux hard discounters (lire notre article «Sur le bio, Coop est 30% plus cher que Lidl»).

On pourrait penser que les discounters cassent les prix au détriment de la qualité ou de l’origine. Ce n’est pas le cas. Ils proposent presque autant de bio suisse que les géants orange, même si leur assortiment global est beaucoup moins important. Par ailleurs, nos tests effectués en laboratoire montrent que la qualité est le plus souvent comparable.

Pendant que les injonctions à consommer responsable se poursuivent, on continue donc à fermer les yeux sur des pratiques commerciales choquantes, légitimées par le secret commercial, en particulier sur les marges de la grande distribution.

Face à l’opacité et l’indécence de ce système, gardons à l’esprit que le pouvoir d’achat, c’est parfois aussi un pouvoir de choix. Faire celui du moins cher, c’est montrer que nous ne sommes pas dupes.

Pierre-Yves Muller, Rédacteur en chef