Pendant longtemps, les apéritifs festifs sans alcool se résumaient à quelques jus de raisin mousseux et doucereux destinés aux enfants. Les choses ont changé avec l’arrivée des vins désalcoolisés. Ces boissons, qui cherchent à conquérir le cœur et le gosier de ceux qui veulent trinquer en toute sobriété, sont désormais présentes dans les rayons des supermarchés et même à la carte de certains restaurants.

S’il est possible de se faire plaisir sans ivresse, un vin peut-il avoir du goût sans alcool? Pour le savoir, nous en avons soumis neuf différents au palais avisé de deux experts. Parmi les bouteilles goûtées à l’aveugle, nous avons glissé des blancs, des rouges, des rosés, ainsi qu’un vin pétillant. Prix d’achat: de 6.95 fr. à 19 fr. les 75 cl.

Sur ce marché, la plupart des produits proviennent pour l’heure de pays européens (France, Espagne et Allemagne). Rares sont les installations de désalcoolisation situées dans notre pays et, par conséquent, les vins désalcoolisés suisses. L’œnologue Alexandre Moren, de notre jury, fait partie des pionniers avec sa société Oeno-Tech, à l’origine du vin Zéro produit par la maison Dizerens (VD). A ses côtés, nous avons convié le responsable des achats de la catégorie NoLo (No alcohol, Low alcohol) de la plateforme Qoqa, Juan Sallas, spécialiste en boissons fermentées. Ces deux experts du domaine viticole ont fait le choix de l’ouverture aux vins désalcoolisés.

Bonne nouvelle: sur les neuf bouteilles de notre échantillon, aucune n’a été jugée médiocre ou mauvaise. Toutefois, les consommateurs curieux doivent se faire à l’idée qu’ils ne boiront pas l’équivalent d’un vin alcoolisé, mais plutôt un nouveau type de boisson dotée des caractéristiques du vin.

Un trio de valeurs sûres

La palme de notre dégustation revient à un rosé. Le Natureo 0,0, acheté à la Coop, a été jugé «très bon». Cette marque compte plusieurs années d’expérience, relèvent nos experts qui précisent que le rosé supporte globalement mieux le processus de désalcoolisation (lire «Comment ôter l’éthanol du vin»). Il conserve plus facilement ses arômes qu’un vin blanc ou rouge. Cela n’a pas empêché un assemblage de merlot et de tannat, ainsi qu’un riesling d’obtenir une bonne appréciation. Aux côtés du Natureo 0,0 (rosé), le Moderato (rouge) et le Kolonne Null (blanc) composent un «trio de valeurs sûres», selon nos dégustateurs.

Plusieurs bouteilles souffrent  cependant d’une sucrosité importante. Il faut dire que produire un vin désalcoolisé reste un défi, car l’alcool donne du corps au vin et une sensation de volume en bouche. C’est un vecteur de goût.

Sans lui, les micro-organismes ont également plus de latitudes pour se développer. Afin d’éviter cela, certains vins désalcoolisés sont pasteurisés ou  contiennent des agents conservateurs. Nos experts recommandent néanmoins de ne pas laisser le vin désalcoolisé à la cave mais plutôt au frigo. Il se garde généralement un an. La plupart affichent une date limite de consommation au dos de la bouteille.

Pour le consommateur, il est intéressant de jeter un œil aux autres indications disponibles ou de scanner le QR-Code sur l’étiquette. Contrairement aux vins, ces boissons sans alcool doivent afficher la liste des ingrédients présents. On y découvre ainsi la présence d’additifs (lire «Conservateurs et sulfites»), mais aussi la quantité de sucre. Selon nos dégustateurs, celle-ci ne devrait pas dépasser 5g/100ml pour un blanc ou un rosé, encore moins pour un rouge.

Conseils: les supermarchés proposent quelques références de vins désalcoolisés en rayon, mais le choix est plus large en ligne: sur les sites de vente de boissons, par exemple ou sur les e-shops des grandes surfaces. Il faut alors ajouter d’éventuels frais de port. A noter que sur migros.ch et coop.ch, les commandes en ligne ne sont possibles qu’à partir d’un montant minimum d’achats, respectivement 99 fr. et 99.90 fr.