Sommaire
La Suisse se présente comme une championne de la sécurité alimentaire. Un pays dans lequel la transparence et la protection des consommatrices et des consommateurs seraient des priorités absolues. Pourtant, derrière cette vitrine soigneusement polie se cache une réalité bien moins reluisante: notre pays autorise l’importation de viande traitée aux hormones et aux antibiotiques stimulateurs de croissance, alors même qu’il en interdit la production sur son territoire.
Cette politique n’est pas le fruit d’une réflexion éthique ou sanitaire, mais d’une capitulation face aux pressions économiques. La Suisse a choisi de protéger ses relations commerciales plutôt que la santé de ses citoyens et des centaines de tonnes de viande potentiellement dopée franchissent nos frontières chaque année (723 tonnes de bœuf en 2024), souvent sans que nous en soyons conscients.
Tout a commencé dans les années 1990, lorsque l’Union européenne a décidé d’interdire l’importation de viande dopée aux hormones. Les Etats-Unis, furieux, ont obtenu gain de cause devant l’organisation mondiale du commerce (OMC), qui a autorisé des sanctions commerciales.
La Suisse, plutôt que de défendre ses principes, a alors préféré faire une pirouette: interdire la production locale, mais autoriser les importations. Le Conseil fédéral a procédé à «une pesée des intérêts»: il a conclu qu’il ne fallait pas interdire les importations, à condition que les consommatrices et les consommateurs soient clairement informés, et que des limites maximales de résidus soient respectées.
En pratique, cette transparence est illusoire: l’information est souvent noyée dans des petits caractères au dos des emballages, voire tout simplement absente.
Malgré l’interdiction prononcée dans notre pays, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) assure que les résidus de stimulateurs de croissance ne présentent aucun danger pour la santé. Pourtant, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime qu’aucun seuil d’exposition sûr ne peut être établi pour certaines hormones, notamment en raison de leurs effets potentiels sur le développement des enfants.
Quant aux antibiotiques utilisés comme stimulateurs de croissance, leur usage massif dans les élevages extra-européens contribue à l’antibiorésistance, un fléau sanitaire mondial.
La Suisse ne peut plus se cacher derrière des demi-mesures. Elle doit choisir: soit elle assume pleinement son rôle de protectrice de la santé publique et interdit ces importations controversées, soit elle reconnaît que ses principes ne sont que des vitrines, et que l’économie prime sur tout le reste.
Pierre-Yves Muller
Rédacteur en chef
Commentaires sur cet article
Veuillez vous connecter pour ajouter un commentaire
Si vous êtes déjà abonné, veuillez vous connecter.
Les non-abonnés peuvent s'inscrire gratuitement.
Merci pour votre inscription
Vous recevrez un e-mail avec un lien pour confirmer votre inscription.
Aucun commentaire disponible