Les prix de l’essence et du diesel augmentent presque chaque jour. Notre enquête montre que cette situation ne s’explique pas uniquement par l’envolée du pétrole brut. Les tarifs sont aussi tirés vers le haut par les grandes compagnies pétrolières actives en Suisse, qui profitent de la situation pour augmenter leurs marges. La société Volenergy (BP, Miniprix, Ruedi Rüssel, Waldburger), ainsi que Coop Pronto, Socar, Migrol ou encore Avia, ont commencé à augmenter leurs prix à la pompe deux jours seulement après le début de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Et cela, alors que ces entreprises avaient acheté le carburant à bas prix avant les bombardements.

Achat de 2.3 milliards de litres avant la guerre

Afin de garantir l’approvisionnement énergétique, la Confédération oblige le secteur des carburants à constituer des réserves. Ces stocks doivent couvrir les besoins en essence et en diesel pendant au moins quatre mois et demi. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) indique que 2.3 milliards de litres d’essence et de diesel sont entreposés actuellement dans des installations spécialisées. Ils ont été achetés aux prix en vigueur avant le début de la guerre en Iran.

Les compagnies pétrolières achètent généralement le carburant un mois à l’avance à un prix fixe, afin de se prémunir contre de fortes hausses. La flambée du cours des carburants depuis le mois de mars leur procure donc des profits supplémentaires. Selon des sources du secteur, les principaux bénéficiaires sont Volenergy, Coop Pronto et Socar, qui dominent le marché suisse.

28 centimes pour les distributeurs

Dans les stations-service, les grandes chaînes ont augmenté leur marge sur les carburants. Le 10 mars, par exemple, de nombreuses stations des régions de Lausanne, Genève, Zurich et du Tessin vendaient le litre de sans plomb 95 à 1.86 fr. Or, le même jour, elles pouvaient s’approvisionner auprès des grossistes à 1.50 fr. le litre. Si l’on ajoute 8 ct. de frais d’exploitation, cet exemple fait apparaître un bénéfice de 28 ct. par litre pour les stations-service, contre 25 ct. en moyenne avant la guerre.

Trois centimes supplémentaires par litre, cela représente, à l’échelle de la consommation totale de carburant en Suisse, un demi-million de francs de coûts supplémentaires par jour pour les automobilistes. Fait marquant: les grandes chaînes comme Volenergy, Coop Pronto, Migrol et Avia, ont systématiquement augmenté les prix de l’essence et du diesel ces dernières semaines au même moment et dans les mêmes proportions, alors que les prix sur les marchés fluctuaient fortement. Elles ont aussi accru leurs marges de manière uniforme. Interrogées, ces sociétés nient toute entente sur les prix.

Une étude de marché réalisée par Laurent Horvath, spécialiste en énergie de l’organisation valaisanne 2000 Watts, montre que les prix des carburants ne dépendent pas uniquement du cours international du pétrole brut, mais servent aussi à maximiser les profits. L’expert a découvert que, lorsque les prix du pétrole grimpent, les compagnies pétrolières répercutent la hausse sur l’essence dans un délai maximal de trois jours. En revanche, lorsque les cours reculent, les chaînes de stations-service maintiennent leurs tarifs pendant dix jours avant de les baisser.

Daniel Mennig / seb