En 2021, la population suisse refusait à 60% d’interdire l’utilisation des pesticides de synthèse dans l’agriculture, s’alignant ainsi sur la position du Conseil fédéral. Depuis 2023 pourtant, notre pays détient la plus grande part de marché bio au monde: 12,3% du commerce de détail. 

En 2025, chaque habitant a dépensé en moyenne 468 fr. pour des produits bio, le chiffre d’affaires du secteur s’élevant à 4,3 milliards de francs. Comme la production suisse ne suffit pas à couvrir cette forte demande, le pays doit importer massivement certains aliments bio, en particulier d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie, mais aussi d’Equateur, de Thaïlande ou de Turquie.

Résultat de cette double contrainte: le bio suisse coûte cher – nous détenons même le record européen. Pourtant, cela ne suffit pas à expliquer de tels tarifs. 

Officiellement, le bio coûte 50% de plus que le conventionnel. Dans la réalité, Bon à Savoir a démontré à plusieurs reprises que ce chiffre pouvait grimper beaucoup plus haut. Les raisons invoquées sont multiples: des labels censés être plus exigeants, des rendements plus faibles, des pertes plus élevées, davantage de travail pour les agriculteurs. Ce ne sont pourtant pas les cultivateurs ou les éleveurs qui se remplissent les poches avec les prix pratiqués. 

Les grands distributeurs de notre pays continuent d’appliquer des marges largement plus élevées sur les produits bio que sur les denrées conventionnelles. La fixation des prix et des marges relevant du secret d’entreprise, aucun chiffre officiel n’existe. Mais nos différentes enquêtes ont montré que, comme en France, ces marges s’avèrent souvent 75% plus hautes que pour des denrées conventionnelles.

Dans un marché dominé par deux géants de la distribution, Coop et Migros, difficile pour les consommatrices et les consommateurs d’échapper à ces tarifs prohibitifs. C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs années, nous publions régulièrement des comparatifs de prix des aliments bio en grandes surfaces.

Dans le relevé que nous avons réalisé pour ce numéro, les discounters Aldi et Lidl restent largement moins chers, mais l’écart avec Coop et Migros se resserre. Cet alignement progressif des géants orange sur les discounters n’est pas un cadeau. C’est une victoire: celle des consommatrices et des consommateurs qui se tournent vers les enseignes offrant les tarifs les plus avantageux, sans qu’une baisse de qualité ne puisse être mise en évidence.

A nous de continuer à faire les bons choix pour que le bio cesse d’être considéré comme un luxe. C’est un droit. Celui de manger sans se rendre malade.

Pierre-Yves Muller

Rédacteur en chef