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La chanson est la même depuis vingt-cinq ans: l’AVS serait au bord de l’effondrement, ses caisses bientôt à sec, et seule une réforme douloureuse pourrait la sauver.
La conseillère fédérale Ruth Dreifuss, en 2000 déjà, invoquait le spectre du déficit. Son collègue Pascal Couchepin, en 2003, allait plus loin en annonçant la retraite à 67 ans comme seule voie de salut. Quelques années plus tard, son successeur, Didier Burkhalter, promettait une approche «pragmatique» mais restait prisonnier du même discours: il fallait «poser les bases» pour éviter la banqueroute. Alain Berset, enfin, jurait qu’AVS 21 assurerait les rentes… mais seulement jusqu’en 2030.
La chanson a commencé à détonner en 2024. La Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider reconnaît alors que les perspectives financières de l’AVS étaient basées sur une formule de calcul erronée. De quoi ébranler la crédibilité des projections qu’on nous assène depuis des décennies.
Cet aveu confirme la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. A y regarder de plus près, la réalité contredit régulièrement cette dramaturgie. En 2024, l’AVS a dégagé un excédent record de 5,6 milliards de francs. Sa fortune a bondi à 55,5 milliards. Même en intégrant la 13e rente votée en 2024, qui commencera à être versée en 2026, les nouvelles projections de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) montrent qu’il restera encore 25 milliards dans le fonds en 2040. Et dans un scénario optimiste, cette fortune pourrait même grimper à 70 milliards (lire en page 24).
Alors pourquoi continuer à agiter la peur? Parce que l’alarmisme sert à préparer les esprits à des réformes impopulaires: hausse de la TVA, cotisations alourdies, nouveau relèvement de l’âge de la retraite.
Au fond, la question n’est pas économique: elle est politique. Voulons-nous maintenir une réserve gigantesque, ou pouvons-nous accepter qu’elle diminue un peu sans que l’AVS soit en danger? Sommes-nous prêts à financer collectivement la 13e rente – le peuple l’a acceptée – sans céder au discours catastrophiste?
Depuis 2000, les projections officielles ont surestimé les difficultés. Le vieillissement est une réalité, certes, mais les scénarios noirs se sont systématiquement révélés trop pessimistes. L’AVS, elle, continue d’absorber les chocs, d’adapter ses paramètres et de verser les rentes. Elle reste un pilier solide de notre prévoyance.
En vérité, ce qui s’épuise aujourd’hui, ce n’est pas l’AVS. C’est le refrain alarmiste qu’on nous ressert depuis un quart de siècle. Peut-être est-il temps, enfin, de changer de disque.
Pierre-Yves Muller
Rédacteur en chef
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