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Mères traumatisées, impact majeur

Maternité Certaines femmes vivent leur accouchement comme un traumatisme. Cette situation peut avoir des conséquences négatives importantes sur toute la famille, souligne la professeure Antje Horsch. Le CHUV met en place un dispositif pour réduire le risque.

Un tiers des femmes environ ont vécu leur accouchement comme un événement traumatique. Cette réalité est peu connue du grand public, et elle reste taboue, la naissance étant désignée comme un événement heureux dans les représentations sociales. «Beaucoup de mères, pourtant, ne vont pas bien et n’osent pas le dire», souligne Antje Horsch, psychologue responsable de recherche au Département femme-mère-enfant du CHUV. Ce silence peut être dévastateur: une partie d’entre elles vont développer un trouble de stress post traumatique du postpartum (TSPTPP). Les symptômes dont elles souffriront sont les mêmes que ceux des militaires revenant de zones de guerre: des flashbacks et des cauchemars, une hypervigilance entraînant des troubles du sommeil et de la concentration, des symptômes dépressifs et des pensées négatives, des comportements d’évitement.

Impact majeur sur la famille

Les conséquences d’un TSPT post-partum peuvent être majeures. «Les études montrent qu’il a un impact sur toute la famille, avec une transmission intergénérationnelle», souligne Antje Horsch. La maman, par exemple, peut ressentir une anxiété profonde à l’idée d’une nouvelle grossesse (tocophobie secondaire). Elle va alors développer des conduites d’évitement qui influenceront négativement la relation de couple, les relations sexuelles et l’agrandissement de la famille.

«Le trouble a aussi un impact négatif sur l’attachement de la mère à son bébé, poursuit Antje Horsch, et leurs interactions, entraînant, à plus long terme, des effets négatifs sur le développement émotionnel, social et affectif de l’enfant.» En outre, le risque de développer un stress post-traumatique lors d’un nouvel accouchement s’en trouve augmenté. Pour Antje Horsch, c’est un véritable cercle vicieux et un problème de santé publique, car il impacte non seulement les parents mais aussi les générations futures au travers de leurs enfants. «Le dépistage précoce est extrêmement important, souligne la spécialiste, plus la personne peut en parler vite et obtenir de l’aide, mieux c’est.» Dans ce but, le CHUV a mis sur pied un nouveau dispositif intitulé «Votre accouchement, parlons-en!» (lire encadré).

Facteurs objectifs et subjectifs

L’accouchement peut traumatiser une mère parce qu’elle a eu des raisons objectives de craindre pour la vie ou l’intégrité physique de son bébé ou la sienne. Il peut s’agir d’un accouchement prématuré, instrumenté, d’une césarienne en urgence, d’une hémorragie ou encore d’une menace vitale néonatale. Toutefois, il arrive aussi que la femme vive la naissance comme un traumatisme, alors qu’il n’y a pas eu de complications obstétricales, par exemple parce qu’elle a le sentiment de ne pas avoir été écoutée ou parce qu’elle ne comprend pas certaines décisions. L’exploration du vécu subjectif de la mère est donc essentielle pour les thérapeutes.

Certaines mamans vont développer, dans les premières heures ou les premières semaines, des symptômes de stress qui vont disparaître graduellement. On parle alors de stress aigu. Le diagnostic de TSPTPP est posé lorsque le phénomène perdure plus de quatre semaines. Il concerne 16 à 18% des femmes confrontées à un risque grave réel, et 3 à 6% de celles qui ont eu une perception subjective de la menace. Et attention, le partenaire peut aussi être victime d’un TSPTPP, notamment s’il a assisté à l’accouchement. «Il est donc fondamental qu’il se sente à l’aise de demander de l’aide», souligne Antje Horsch.

Sébastien Sautebin