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Troubles sur l’eau potable

PESTICIDES La récente interdiction du chlorothalonil rappelle que les traitements chimiques mettent l’eau potable en péril. Ce n’est pas pour autant que l’eau minérale s’en sort mieux.

«Faut-il encore boire l’eau du robinet?» C’est la question que l’on peut se poser avec l’affaire du chlorothalonil. Ce fongicide utilisé en Suisse depuis les années 1970, notamment dans la culture des céréales et des pommes de terre, est désormais considéré comme cancérigène probable. C’est ainsi que l’Office fédéral de l’agriculture a décidé de l’interdire pour éviter la pollution des eaux souterraines.

Les Suisses ont probablement consommé pendant des années de l’eau courante polluée par le chlorothalonil et ses produits de dégradation. Les Lausannois, par exemple, ont appris, en août, que la ville avait exclu plusieurs captages de son réseau d’approvisionnement et en diluait d’autres avec de l’eau du Léman, afin de faire baisser la concentration en pesticides.

Quel sera le prochain chlorothalonil?

En ce début d’année, un test de notre partenaire alémanique K-Tipp a montré que deux échantillons – de communes soleuroises – sur trente affichaient une concentration d’acide sulfonique de chlorothalonil dépassant la valeur limite. Un constat qui corrobore une étude publiée par les chimistes cantonaux. Leur conclusion? Si la qualité de l’eau potable en Suisse est globalement bonne, 170 000 personnes boivent de l’eau qui ne respecte pas les normes. En particulier dans les régions où l’activité agricole est intensive.

Combien d’autres substances déjà présentes dans l’eau potable pourraient se révéler dangereuses? Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l’Université de Lausanne, voit des risques au niveau des métabolites (résidus) de pesticides qui ne sont pas encore tous connus. L’inquiétude est encore plus grande pour les autres substances, comme les médicaments que l’on recherche très peu dans l’eau potable. Un test réalisé en 2011 par Bon à Savoir avait notamment décelé des antidiabétiques.

Pour les distributeurs d’eau, il est urgent d’agir. «Il devient de plus en plus difficile de fournir de l’eau potable propre», admet Paul Sicher, porte-parole de la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux (SSIGE). La faîtière des fournisseurs d’eau potable demande des mesures fortes pour renforcer la protection des eaux souterraines, d’où proviennent 80% de l’eau potable. Elle a transmis des propositions aux parlementaires pour élaborer un contre-projet indirect aux deux initiatives populaires «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». Mais, c’est mal parti. Le Conseil national a rejeté l’idée d’un contre-projet, tout comme la Commission de l’économie et des redevances du Conseil des Etats (CER-E).
Les espoirs reposent sur deux initiatives parlementaires. L’une, lancée par cette même commission, veut fixer dans la loi une trajectoire de réduction de l’utilisation des pesticides. L’autre, déposée par Beat Jans (BS/PS) et adoptée par la Chambre du peuple en décembre, veut interdire l’utilisation de pesticides aux effets nuisibles avérés. Le sujet n’a donc pas fini de faire couler de l’encre. D’autant que l’agrochimie fait tout pour défendre son business, à l’image de Syngenta qui a fait recours contre l’interdiction du chlorothalonil auprès du Tribunal administratif fédéral.

Une pollution globale

Alors, peut-on encore boire l’eau du robinet? Cette question est souvent posée à Nathalie Chèvre qui soupire: «L’eau potable n’est pas la source primaire d’exposition aux pesticides. La concentration dans l’alimentation est bien plus élevée. Par ailleurs, les gens s’exposent volontairement sans s’en soucier à des substances potentiellement toxiques en utilisant des cosmétiques et en mettant simplement des vêtements. Il s’agit d’un problème de pollution globale.»

Du côté de la faîtière des distributeurs d’eau, on souligne que l’eau potable, comme tout aliment, ne peut pas être pure. Mais, en revanche, il faut que sa consommation soit sûre. «Et cela est le cas, même si on détecte des impuretés», tempère Paul Sicher.

Sandra Porchet