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18 terreaux universels: ils sont tout sauf universels!

terreaux universels Alors qu’ils devraient convenir à toutes les plantes, notre test montre que ces mélanges sont mal équilibrés en nutriments et peu adaptés à certaines cultures courantes.

Pour aider les tomates à devenir juteuses, les fraises sucrées et les géraniums à s’épanouir, les grands magasins d’horticulture proposent des dizaines de terreaux spécialisés qui ont de quoi laisser perplexe. Faut-il acheter un substrat différent pour chaque plantation, ou peut-on se contenter d’un seul paquet qui répondra à tous les besoins? Pour le savoir, nous avons décidé, en collaboration avec l’émission On en parle (RTS-La Première), d’examiner 18 terreaux vendus avec la dénomination «universel».

Il est difficile de dire d’un terreau qu’il est simplement mauvais, nous a d’emblée prévenu le laboratoire que nous avons mandaté. Car certains végétaux ont des besoins spécifiques et, parfois, opposés, comme les géraniums, avides en nutriments, et le thym, qui s’épanouit dans un sol pauvre.  Un produit peut donc être bon pour une plante et mal adapté pour une autre. En revanche, il est possible de fixer des valeurs moyennes qui conviennent au plus grand nombre de cultures (lire encadré «Les critères du test»). Nous avons donc attribué les meilleures notes aux terreaux qui s’en rapprochent le plus, c’est-à-dire à ceux qui sont réellement polyvalents.

Trop de richesse nuit

Un coup d’œil au tableau montre l’étendue des dégâts, puisqu’un article sur deux n’est pas satisfaisant! «Les valeurs obtenues diffèrent considérablement d’un produit à l’autre, à tel point que nous pensions avoir affaire à des terreaux spécialisés», s’étonne Serge Amiguet, directeur du laboratoire. Pour certains nutriments, l’écart de concentration est déconcertant: le terreau universel de la marque propre de Schilliger contient, par exemple, 28 fois plus de calcium que le Floraself nature. Le laboratoire a aussi relevé des différences de densité qui vont du simple au triple ou encore des capacités de rétention en eau variant d’un facteur cinq. «L’information de base, c’est que beaucoup de ces terreaux universels ne le sont pas vraiment», conclut Serge Amiguet.

Dans l’ensemble, 15 terreaux sur 18 sont très riches en nutriments. Ils conviennent donc bien aux plantes exigeantes en la matière (tomates ou géraniums par exemple), mais peu à celles qui ont de petits besoins, comme les jeunes semis ou les plantes aromatiques. Un sol trop riche favorise leur croissance, mais, parfois, au détriment du goût. En outre, il peut rendre difficile l’absorption de l’eau. En matière de nutriments, le problème principal vient du taux très élevé de potassium mesuré dans tous les échantillons, sauf trois. Le terreau universel sans tourbe de Capito en contient même six fois plus que le taux moyen idéal recherché. «Lorsqu’il y en a trop, l’absorption du magnésium est réduite, ce qui entrave la photosynthèse et conduit à des plantes générant moins de sucre», prévient le laboratoire.

pH trop élevé

L’autre problème majeur provient du pH, indicateur de l’acidité de la terre. Il est alcalin dans 13 cas sur 18, et dépasse même 7.5 dans 10 cas. Or, à partir de cette valeur, l’assimilation de certains éléments nutritifs peut être réduite. Pour cette raison, nous avons attribué une note insuffisante pour ce critère aux produits concernés (voir tableau). Le terreau Mioplant, lui, ne retient que très peu l’eau: seulement 0,88 litre par kilo de matière sèche. Il nécessite donc des arrosages très fréquents et écope d’une note de 3.5 sur ce point. C’est tout l’inverse pour le Floraself, qui retient 4,33 litre. Là, attention à l’arrosage trop abondant, qui peut favoriser le pourrissement des racines.

Chaque plante ayant des besoins différents en matière de nutriments, de pH ou de capacité de rétention d’eau, nous avons signalé, dans la partie inférieure du tableau, les terreaux les mieux adaptés aux différentes cultures, les plus exigeantes en haut (tomates, géraniums), les moins exigeantes en bas (impatiens, thym).

Tourbe pas indispensable

La bonne nouvelle de l’enquête, c’est que 14 terreaux sur 18 sont désormais exempts de tourbe, cette matière organique fossile dont l’extraction, interdite en Suisse, ravage l’écosystème des marais. Pour cette raison, nous avons pénalisé d’un point les substrats qui en contiennent encore. Selon Landi et Hornbach, son remplacement par d’autres substances expliquerait le mauvais équilibre relevé dans plusieurs produits, et notamment la forte teneur en potassium. Cette substitution explique aussi pourquoi le pH mesuré dans plusieurs échantillons est trop élevé, nous a confié Serge Amiguet.

Inutile d’en conclure pour autant qu’un produit avec tourbe est forcément meilleur, comme le prouve notre test: même sans la pénalité, le meilleur d’entre eux, le Floraself (noté 3.8), n’aurait pas fait mieux que le vainqueur, le terreau universel bio sans tourbe de Schilliger! Et son prix par litre n’est que 3 ct. moins élevé. Ici, faire un geste pour la nature ne coûte donc pas grand-chose.

Face au résultat insuffisant obtenu par son terreau oecoplan, Coop a réagi en indiquant avoir fait de bonnes expériences avec celui-ci dans la pratique. Landi insiste sur le fait qu’il s’agit de produits «vivants» dont les caractéristiques peuvent évoluer, notamment en fonction du stockage et du lot choisi. Migros ne dit pas autre chose et s’engage à augmenter la fréquence de ses contrôles de qualité aléatoires. Quant à Schilliger, elle trouve excessif le malus qui pénalise les produits avec tourbe, car ils respectent la législation actuelle et sont difficiles à remplacer, surtout pour les petits producteurs.

Vincent Cherpillod

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