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Foire d’empoigne autour du glyphosate

Faute de majorité, la Commission européenne a dû reporter un vote prolongeant l’autorisation du glyphosate, ce pesticide soupçonné d’être cancérigène. L’avis des pays membres sur le sujet diverge fortement.

Cancérigène ou pas le glyphosate ? Après les autorités sanitaires, c’est au tour des Etats européens de se déchirer sur la question. Il y a un an, le Centre international de recherche sur le cancer (CRIC) de l’OMS avait lancé un pavé dans la mare en affirmant que cette substance active, utilisée dans plus de 750 désherbants, dont le Round Up de Monsanto, était «cancérigène probable», dernier échelon avant la qualification de «cancérigène certain». En novembre, l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, a pris le contrepied du CRIC, assurant «qu’il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérigène pour l’homme». Ses spécialistes ont toutefois estimé «probable que les effets génotoxiques observés dans certaines formulations contenant notamment du glyphosate soient liés aux autres constituants ou «coformulants».

L’UE doit reporter son vote

C’est sur l’avis de l’EFSA que la Commission européenne a décidé de se baser pour proposer un renouvellement de l’autorisation du glyphosate pour 15 ans. Le vote devait avoir lieu ce mardi 8 mars. Mais plusieurs pays membres s’y sont opposés, obligeant à un report du vote faute de majorité qualifiée.

Depuis des mois en effet, la société civile européenne s’est mobilisée contre l’herbicide. L’ONG Avaaz a ainsi recueilli plus de 1,4 million de signatures contre le renouvellement du produit. Et à la fin de mois de novembre dernier, 96 scientifiques convaincus de la toxicité de la subtance ont adressé une lettre ouverte à la Commision européenne. Récemment même, un collectif emmené par l'organisation autrichienne Global 2000 a porté plainte contre Monsanto et l'EFSA pour distorsion d'analyses scientifiques afin de prouver l'innocuité du glyphosate. Et en Suisse, une pétition demandant aux autorités d'interdire les herbicides à base de cette substance a réuni plus de 25 000 signatures et a été déposée en février à Berne. Les agences sanitaires nationales de certains membres ont également remis leur analyse à leur gouvernement, comme l’Agence de sécurité sanitaire française, qui estime que le mélange du glyphosate avec certains coformulants présente des risques particuliers.

Lors de la réunion de la Commission européenne, plusieurs pays, sensibles à la tournure que prend l'affaire, se sont donc opposés à une reconduction de l’homologation. Parmi eux: la France, l'Italie et la Suède. L’échéance pour renouveler l’autorisation du glyphosate expire à fin juin. Une réunion  du comité d’experts devrait avoir lieu à nouveau les 18 et 19 mai. Les partisans de l'herbicide ont donc jusqu’à cette date pour réunir une majorité qualifiée de 55% des états membres représentant 65% de la population de l’UE.

Sébastien Sautebin