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Nombreux micropolluants dans l’eau potable tirée du Léman

A Lausanne et à Genève, des substances chimiques en doses minimes traversent le processus d’épuration pour finir dans l’eau du robinet. Leurs effets sont encore méconnus.

Que deviendrions-nous sans la pilule contraceptive, les crèmes solaires et le produit à vaisselle? Autant de substances qui nous facilitent la vie, mais qui terminent la leur dans les eaux usées, pour passer ensuite dans l’eau du robinet.

Ce phénomène touche notamment les régions lausannoise et genevoise. Le lac Léman reçoit en effet les restes de pesticides utilisés dans les cultures, et notamment les résidus des entreprises pharmaceutiques au fil du Rhône.

Des doses minimes

En collaboration avec nos confrères de l’émission On en parle (RTS, La Première) nous avons demandé à eauservice Lausanne de nous fournir les analyses d’eau potable concernant la présence de micropolluants pour trois points d’approvisionnement de la région lausannoise (lac de Bret, Lutry et Saint-Sulpice). De leur côté, les Services industriels genevois nous ont livré les relevés pour Genève (Prieuré et Saconnex-d’Arve).

Le canton du Valais, également interpellé, effectue les mêmes analyses, mais elles ne seront pas terminées avant la fin de l’année. Dans la plaine du Rhône, 20% des nappes phréatiques sont en effet alimentées par le fleuve.

Résultat: dans le bassin lémanique, de nombreuses substances traversent encore, à des concentrations infimes, les stations d’épuration et les usines d’approvisionnement en eau potable (voir tableau). On les mesure en nanogrammes par litre (ng/l), un nanogramme pesant un millionième de gramme. Alors, à des concentrations si minimes, ces produits sont-ils néfastes sur l'humain?

On ignore encore les effets sur l'organisme

«Pour mesurer la toxicité d’une substance chimique, nous nous basons sur deux paramètres: sa concentration et son absorption (fréquence et quantité) par l’organisme», explique Lothar Aicher, chercheur au Centre suisse de toxicologie humaine appliquée de Bâle (SCAHT). «Ce raisonnement nous permet de fixer un seuil de tolérance. Or, bien que certains produits soient génotoxiques (lire encadré), la valeur limite n’est jamais atteinte, même si le consommateur devait boire deux litres de cette eau par jour pendant toute sa vie.»

Une analyse rassurante, à un détail près: les scientifiques ignorent encore les effets de certaines substances sur l’organisme, d’où l’impossibilité d’évaluer véritablement leurs risques. «Pour tenir compte de ce problème, l’Office fédéral de la santé publique limite la quantité admissible des produits potentiellement génotoxiques à 100 ng/l. Ce seuil est fixé à 10 000 ng/l pour les autres», explique Sylvie Truffer, ingénieure chimiste à eauservice Lausanne.

Effet cocktail

Même son de cloche à Genève, où on a trouvé des traces importantes de composés organiques volatils halogénés. Ils font certes partie des substances à surveiller, mais ne dépassent pas les valeurs limites.

Certains scientifiques réfutent pourtant cet argument et évoquent l’effet cocktail qui démultiplie les effets de chaque substance quand elles se côtoient. «C’est un problème majeur qu’on minimise», dénonce André Cicolella, chercheur à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). «La méthode de seuil date des années 1970. Elle est inadéquate pour mesurer l’effet des perturbateurs endocriniens. Plutôt que de déterminer sans certitude une valeur limite, il faut éviter d’exposer l’organisme à une substance dès le moment où elle en altère le fonctionnement», conclut le chercheur français.

Traitement optimisé

«L’eau potable n’est pas seule en cause, relativise Sylvie Truffer. Ces produits se trouvent un peu partout dans notre environnement et notre alimentation. L’apport de l’eau, bien qu’elle soit un élément vital, reste minime.»

Pour limiter au minimum les micropolluants, Genève a équipé ses usines de filtres à charbon actif, alors que Lausanne a fait de même au lac de Bret et s’apprête à moderniser Saint-Sulpice. En amont, le traitement des eaux usées à Vidy sera également optimisé pour revoir à la baisse les rejets dans le Léman.

Intervenir à la source

Cette démarche s’inscrit dans une prise de conscience à l’échelle helvétique. «Il faudrait moderniser les quelque 700 stations d’épuration de Suisse dont la plupart ne retiennent que partiellement, voire pas du tout, une foule de micropolluants», explique Michael Schärer de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).

La stratégie prévue coûterait 1,2 milliard de francs, ce qui renchérirait de 16 fr. par an le montant de 120 fr. que chaque Suisse consacre au traitement des eaux usées. A Berne, toute la question est de savoir qui paiera la facture. Quel sera, demain, le prix d’un verre d’eau potable?

Claire Houriet Rime


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.