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Un seul bio, plusieurs labels

Alimentation Migros, Coop, Aldi et Lidl vendent des denrées Bio Suisse de qualité similaire, mais sous des labels distincts et à des prix qui varient parfois fortement entre les hard discounters et les grands distributeurs.

On peut acheter des denrées biologiques suisses chez Aldi et Lidl à des prix souvent nettement inférieurs à ceux de Coop et de Migros. La qualité est pourtant identique! En effet, les quatre détaillants s’approvisionnent tous, pour la part helvétique de leur offre bio, auprès d’agriculteurs certifiés Bio Suisse. En soi, ce n’est pas surprenant puisque Bio Suisse regroupe, en tant que Fédération faîtière, 95% des entreprises agricoles biologiques du pays, soit quelque 7450 fermes.

Pour le consommateur, cette situation constitue un gage de qualité, dans le sens où les producteurs membres doivent respecter, via un cahier des charges, des normes de production biologiques parmi les plus élevées de la planète.

Dans les rayons des supermarchés, le consommateur qui choisit du bio de Suisse, achète donc, quelle que soit l’enseigne, des produits de même qualité. Beaucoup d’entre nous l’ignorent d’ailleurs, car la plupart des distributeurs vendent ces denrées sous leur propre label bio. La faîtière Bio Suisse a pourtant créé sa marque, le «Bourgeon Bio Suisse», et son petit frère, le «Bourgeon Bio», qui certifient que l’aliment respecte son cahier des charges. Le premier atteste qu’au minimum 90% des matières premières sont d’origine helvétique. Avec le second, plus de 10% des matières premières sont importées, mais soumises aux directives et à des contrôles équivalents.

Migros adopte le Bourgeon

Mais le Bourgeon est, pour l’instant, visible essentiellement sur les produits Coop. Le détaillant, qui a établi un partenariat avec Bio Suisse en 1993 déjà, commercialise ainsi par moins de 3700 produits Bourgeon dans ses rayons.

Son grand rival Migros vend les produits achetés aux agriculteurs Bio Suisse sous son propre label «Migros Bio», créé en 1996, mais a décidé de changer son fusil d’épaule. Dès cette année, le géant orange va abandonner progressivement son «Migros Bio», qui comprend plus de 3000 produits, en faveur du Bourgeon. L’enseigne argue qu’elle souhaite bénéficier de l’excellente réputation de la marque. Les produits bio non transformés helvétiques, comme les fruits et les légumes, le lait ou les œufs, qui portent encore le logo «Migros Bio», proviennent d’exploitations certifiées Bio Suisse. Pour les produits transformés, Migros devra adapter certaines recettes pour se conformer aux règles de transformation de Bio Suisse. Le distributeur note que l’opération a un coût, lié aux licences et à l’utilisation de la marque Bourgeon, mais affirme que les prix de ses produits bio n’augmenteront pas, et baisseront même à l’avenir.

Hard discounters interdits de Bourgeon

Chez les deux hard discounters, les produits bio CH de leurs labels propres «Nature Suisse Bio» (Aldi) et «Bio Organic Suisse» (Lidl) proviennent également de fermes certifiées Bio Suisse. «Nous travaillons avec des agriculteurs qui fournissent également des produits Bourgeon. Cela signifie que notre label «Nature Suisse Bio» est identique au Bourgeon Bio Suisse pour ce qui est des normes appliquées», explique Aldi.

Même son de cloche chez Lidl: «La fabrication de l’ensemble de nos produits ‘Bio Organic Suisse’ doit satisfaire aux directives du principe Bourgeon de Bio Suisse. Nos fournisseurs de produits biologiques suisses sont tenus par contrat de respecter les directives Bourgeon lors de leur production», relève Mathias Kaufmann, porte-parole de Lidl. Les deux hard discounters affirment que leurs produits transformés respectent aussi les directives de Bio Suisse.

Mais pourquoi les deux enseignes n’utilisent-elles pas le logo du Bourgeon sur leurs produits? Elles ne sont, en fait, pas autorisées. Cela tient, en partie, au volume réduit de produits proposés. «Nous considérons plusieurs paramètres, explique David Hermann, porte-parole de Bio Suisse. La largeur de la gamme des produits bio est importante pour nous. Mais nous regardons d’autres choses aussi, comme les contributions à la recherche ou les conditions économiques et sociales équitables, tout au long de la chaîne de valeur.»
Les deux hard discounters proposent environ 10% de leur assortiment en bio, soit quelque 300 produits. «Un tiers d’entre eux portent le label ‘Nature Suisse bio’», précise Aldi, de son côté. On est très loin des 3700 produits estampillés Bourgeon de Coop.

Pour avoir un vaste choix, le consommateur ira donc, de préférence, chez Coop ou Migros. Mais pour les meilleurs prix, c’est une autre histoire. Dans une interview récente à Blick, Jérôme Meyer, patron d’Aldi Suisse affirmait que les produits bio de notre pays proposés dans ses magasins proviennent des mêmes fournisseurs, sont de même qualité, mais coûtent 40% moins cher que ceux qui portent le label Bourgeon. Vraiment?

Gros écarts de prix

Notre pointage de 15 produits montre, en effet, que les deux hard discounters sont souvent meilleur marché, avec un écart qui peut, dans des cas extrêmes, dépasser les 50% (voir tableau). Aldi et Lidl évoquent leurs «structures légères», leurs «processus efficaces» ou encore «le nombre d’articles limité dans l’assortiment, qui permet de fonctionner efficacement», pour expliquer leurs prix plus doux. Mais comment Coop explique-t-elle les écarts constatés? «Pour faire figurer le Bourgeon sur nos 3700 produits bio concernés, nous versons des droits de licence avec lesquels Bio Suisse encourage à son tour des projets de développement de l’agriculture biologique. Il s’agit, là, d’un critère de différenciation clair par rapport aux autres labels bio», souligne Mélanie Grüter, porte-parole de l’enseigne. Concernant la viande, le détaillant explique que les produits relevés à base de viande de bœuf proviennent systématiquement d’élevages de vaches allaitantes. «Les producteurs reçoivent un prix plus élevé pour ces exigences maximales en matière d’élevage des animaux.» Lidl et Aldi nous ont indiqué, de leur côté, qu’une partie de leur bœuf de pâturage provient d’élevage sous la mère, mais que ce n’est pas la règle.

Aux consommateurs de décider si cette nuance mérite la différence de prix!

Sébastien Sautebin