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Les profits avant la sécurité

Le 18 mars dernier, Nestlé lançait un rappel massif de la gamme de pizzas Buitoni Fraich’up. Elles étaient potentiellement contaminées par la bactérie Escherichia coli. Selon une notification du mécanisme d’alerte international sur les risques alimentaires, 23 pays étaient concernés, dont la Suisse.

Dans un premier temps, Nestlé affirmait que notre pays n’était pas touché, une information relayée par de nombreux médias. Pourtant, selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), «une faible quantité» avait tout de même été acheminée en Suisse, en octobre 2021, avant d’être «retirée» des rayons. Combien de pizzas exactement? Retirées quand? Aucune information n’apparaît sur RecallSwiss, le Service d’alerte mis en place à la fin de 2020, sous l’égide du Bureau fédéral de la consommation pour les rappels de produits, qui centralise les mises en garde publiques (lire ici).

Pourquoi cette alerte, qui a fait tant de bruit chez nos voisins, est-elle passée sous les radars de l’administration? Globalement, l’autocontrôle reste un élément central de la législation suisse sur les denrées alimentaires.

Les rappels en provenance de l’Union européenne sont par ailleurs traités par nos autorités «en fonction des ressources à disposition». En clair, on ne recherche pas activement les alertes publiées par les fabricants. Dans de nombreux cas, un retrait de produits déjà en rayon suffit à éviter un rappel, qui n’apparaît donc pas dans la base RecallSwiss. En cas de danger plus important, un rappel est exigé, mais c’est au fabricant ou au distributeur qu’il incombe de décider de l’urgence de la mesure ainsi que de valider les termes de l’avis. D’où des alertes tardives ou inexistantes. Une situation inacceptable, comme le démontrent de trop nombreux exemples.

L’année dernière, le scandale des aliments traités à l’oxyde d’éthylène, notamment le sésame, mais aussi des glaces, n’a pas donné lieu à des rappels publics. Plusieurs semaines après que nos voisins européens aient rappelé ces denrées, on pouvait encore en trouver dans des magasins de notre pays.

Par ailleurs, les consommateurs ne sont pas en mesure de vérifier si des produits jugés à risque sont en leur possession. L’OSAV refuse de communiquer la liste des marchandises retirées du marché. C’est le cas, par exemple, de plusieurs produits de nettoyage pointés du doigt par le Laboratoire cantonal de Bâle-Ville, dont nous avons pu nous procurer la liste (lire ici).

Encore une fois, les intérêts des consommateurs, leur sécurité et leur santé passent après les profits de l’industrie. Il serait temps de donner à nos organes de surveillance, aussi bien au niveau cantonal que fédéral, des moyens humains et financiers pour nous protéger. Vraiment.

Pierre-Yves Muller
Rédacteur en chef