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Des pommes au prix du marketing

Pink Lady Une pomme qui a sa propre page internet et même un compte Instagram? Vous ne rêvez pas, c’est la Pink Lady. Une néo-variété que l’industrie du fruit propulse au rang de produit de mode qui se paie au prix fort.

Elles attirent l’œil d’emblée dans les rayons de Coop, Globus, Migros ou Lidl. Leur robe lustrée, d’un rose homogène, leur courbe ronde sans défaut. Il est question de... pommes, ornées d’un petit autocollant en forme de cœur, indiquant leur nom: «Pink Lady».

Autre détail qui attire l’attention: leur prix. Un kilo en provenance de Suisse coûte entre 4.95 fr. (Coop, Migros) et 8.50 fr. (Globus). Rares sont les pommes non bio dont le prix atteint ces sommets.

Des pommes sous licence

Derrière leur nom se cache une machinerie commerciale redoutable. Comment fonctionne-t-elle? Une entreprise de culture fruitière met une nouvelle variété de pomme sur le marché, après avoir enregistré son nom de marque. Cette entreprise recrute des producteurs en promettant des prix élevés. Les producteurs achètent les arbres sous licence et ne peuvent vendre leurs fruits sous le nom de marque qu’au détenteur de la licence. Celui-ci détermine seul le nombre, la taille et la couleur des pommes qui arriveront dans les magasins. Cela permet de maintenir des prix artificiellement élevés.

La Pink Lady est le nom de marque pour la variété «Cripps Pink», croisement entre les Lady Williams et Golden
Delicious. La marque Pink Lady appartient à l’entreprise australienne Apple and Pear Australia Ltd. Des partenaires licenciés assurent la commercialisation dans 80 pays. En Suisse, c’est Tobi Seeobst AG, basée à Bischofszell (TG), qui s’en occupe. La marque a conduit des campagnes publicitaires avec des mannequins et même une ancienne miss. Elle a aussi sponso risé le FC Servette à Genève.

Moins chères sous le nom Cripps Pink

Ne vous étonnez pas de ne trouver les Pink Lady que chez les grands distributeurs. Les producteurs ne sont pas autorisés à les vendre au marché ou à la ferme. «Un moyen de contrôler l’entier de la chaîne, de la plantation de l’arbre jusqu’au prix en magasin», constate Beatrice Rüttimann, de Fruit-Union Suisse. En dehors de ce circuit, les Pink Lady sont commercialisées sous leur nom générique Cripps Pink et un peu moins cher (entre 4 fr. et 4.30 fr. / kg, selon les sites de vente directe).

D’après nos recherches, les producteurs de Pink Lady reçoivent 1.30 fr. / kg. Le reste du prix en rayon – jusqu’à 8.50 fr. – va aux distributeurs et aux détenteurs de licence. Prenons le kilo de Gala, la pomme la plus vendue de Suisse, à titre comparatif: le pomiculteur reçoit 1.10 fr pour un prix de vente de 3.30 fr. chez Coop et Migros.

«Au consommateur de juger»

Il existe une vingtaine de pommes au nom de marque en Suisse, dont la «Jazz» et la «Diwa». Elles représentent un septième du marché. En magasin, ces fruits coûtent en moyenne un tiers de plus que les variétés classiques: Gala, Braeburn ou Golden.

Selon la marque Pink Lady, les caractéristiques «optiques et gustatives» de cette pomme la distinguent des autres. Elle estime que son prix correspond aux niveaux du haut de gamme. La marque relève que c’est au seul consommateur de juger si le prix est correct ou trop élevé et que les «mesures marketing sont indispensables pour tous les produits de marque».

La balle reste donc dans le camp des clients... Tant que l’on trouve encore les anciennes variétés – comme les boskoop – sur les étals.

Darko Cetojevic / Sandra Porchet