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Du poison dans le pousse-café

Notre analyse en laboratoire montre que plusieurs alcools de fruits à noyaux dépassent la valeur limite autorisée en uréthane, un produit cancérigène et hautement toxique.

Un petit pousse-café en fin de repas n’est pas forcément un plaisir sans danger, surtout s’il s’agit d’une eau-de-vie de fruits à noyaux. Ces alcools forts, appréciés pour leurs qualités digestives, contiennent en effet trop souvent de l’uréthane, un véritable poison. Car cette substance est non seulement un cancérigène avéré, mais elle peut aussi endommager durablement le système nerveux central et le système immunitaire, ainsi que le foie et la moelle épinière.

On retrouve ce toxique dans une eau-de-vie lorsque les fruits utilisés ou leurs noyaux ont été abîmés pendant leur traitement, ou s’ils ont reposé trop longtemps dans le moût avant la distillation. C’est alors que se dégage de l’acide prussique, également appelé acide cyanhydrique, qui se transformera en uréthane au contact de l’alcool et lors de l’exposition à la lumière.

C’est pourquoi, depuis le 1er janvier 2003, la Confédération a fixé une valeur limite de 1 milligramme d’uréthane par litre (1 mg/l) de spiritueux. Bon à Savoir et son partenaire alémanique K-Tipp ont voulu vérifier si cette nouvelle réglementation était bien respectée. Nous avons donc demandé au laboratoire zurichois Veritas d’analyser onze eaux-de-vie.

Résultat consternant

Le résultat est plutôt consternant: déjà lors de la première mesure, réalisée juste après leur achat, quatre des eaux-de-vie analysées affichaient une teneur en uréthane supérieure à la limite autorisée (voir tableau ci-dessous).

Dans un second temps, le laboratoire a exposé les alcools une semaine durant à la lumière artificielle, reproduisant ainsi une situation fréquente. En effet, les bouteilles de pousse-café sont souvent conservées de nombreux mois dans une vitrine au salon, plutôt que dans la pénombre d’une cave.

Lors de cette deuxième mesure, cinq des onze alcools contenaient nettement plus d’uréthane que la limite autorisée. Et tous les autres, pourtant exempts de cette substance à la première analyse, en contenaient au moins des traces.

Avec 3 mg/l, la Vieille Prune Vedrenne est celle qui contenait le plus d’uréthane à l’achat déjà. Denner, qui importe ce produit, l’a immédiatement retiré de ses rayons.

Dans la prune «Kleines Pflümli» de la distillerie Etter, ainsi que dans la Mirabelle de Morand, les valeurs limite ont été dépassées aussi bien avant qu’après l’exposition à la lumière. Ces deux producteurs ont fourni la même explication, à savoir que ces eaux-de-vie auraient été embouteillées avant l’introduction de la nouvelle réglementation. Et ils assurent avoir épuisé tous les moyens techniques à disposition pour empêcher la formation d’uréthane lors de la distillation.

«Sans uréthane, ce serait fade»

Le résultat le plus surprenant est celui du Kirsch Basler Dybli. Il affichait un taux d’uréthane légèrement au-dessous de la valeur limite lors de la première analyse, mais de 5,8 mg/l, soit presque six fois plus que ce qui est autorisé, après l’exposition à la lumière. «Nous distillons selon un ancien procédé, se justifie le fabricant, Ueli Nebiker. Si nous éliminons l’uréthane de nos distillats, l’alcool aura un goût fade.»

Une affirmation que réfute Andreas Affentrager, de la distillerie Willisau SA. Sa Prune ne contenait pratiquement aucun uréthane, même après avoir été exposée à la lumière. Et le goût de cette eau-de-vie ne doit pas être trop altéré, puisque, comme il le souligne, ses produits ont déjà été primés.

Martin Arnold / jf