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12 Nero d'Avola: Sicile: un zéro d’avola

Sous le nom de «nero d’avola», le plus prometteur des raisins rouges de Sicile, les grandes surfaces écoulent des vins sans intérêt. Dur verdict pour le plus prolifique des vignobles italiens!

Un seul vin à plus de 13 points, soit juste bon, et quatre vins franchement insatisfaisants… Le bilan de la dégustation des vins rouges siciliens est médiocre. Le jury de Tout Compte Fait a trouvé des défauts, somme toute courants, dans ces bouteilles, vendues entre 6 fr. et 9,90 fr., à l’exception de deux (à 12,50 fr. et 19,50 fr.). D’abord, une indéniable rusticité, indissociable du cépage qui, dans huit cas, est le seul mentionné sur l’étiquette, le nero d’avola. Pourtant, depuis dix ans, les observateurs le considèrent comme le plus prometteur de l’île, qui produit encore près de 80% de vins blancs courants.

L’IGT disqualifiée
Au nez, le nero d’avola devrait se signaler par un fruité de framboise et de fruits rouges. Or, seul le «Nabucco» (2e du test) remplissait ce critère. Plusieurs bouteilles, certes fermées avec des bouchons en toute matière (plastique, liège de piètre qualité) montraient des signes de réduction, voire d’évolution, disqualifiant d’emblée le liquide. Autre reproche récurrent: des arômes déviants du végétal, découlant d’une vendange trop abondante. Et pourtant, tous les vins dégustés portaient fièrement l’«indicazione geografica tipica» (IGT) Sicilia, certes inférieure dans ses exigences qualitatives à une «denominazione d’origine controlata» (DOC, équivalent de l’AOC, appellation d’origine contrôlée). Les neuf DOC ne représentent d’ailleurs qu’à peine 5% des 150 000 ha du vignoble sicilien (soit une surface dix fois supérieure au vignoble suisse).
Soyons clairs: payer entre 6 fr. et 9,90 fr. pour de tels vins, c’est encore trop cher! Car la plupart sont courts en bouche et finissent sur des tanins secs. Une garde en cave n’y changerait rien. Au contraire, l’impression de sécheresse ne ferait que s’aggraver, une fois les arômes primaires et fruités envolés.

Assemblage? Maquillage!
A cet égard, l’assemblage avoué – l’IGT permettant 15% de coupage avec un autre cépage sans mention sur l’étiquette – avec de la syrah, du cabernet sauvignon ou du petit verdot, apparaît comme une vaine tentative de maquillage.

Quant au «Corvo», composé de cépages autochtones, tels le nerello mascalese et le pignatello, il demeure un rouge de grande distribution, mais de piètre qualité, quelle qu’en soit sa typicité. Un vin à cent lieues du «Duca Enrico», le nero d’avola haut de gamme de la même entreprise viticole, qui fit sensation, à Vinitaly, il y a douze ans. Cette année, dans ce concours international, les crus siciliens, de catégorie des IGT, ont dû baisser pavillon devant des vins portugais, chiliens et argentins, seuls médaillés. Parmi quelque 200 «grandes mentions», une vingtaine pour des vins à base de nero d’avola, dont une pour le 2004 de «notre» vainqueur, Barone Montalto. Encore faudrait-il savoir pour quel lot, puisque les flacons vendus à PickPay et chez Denner, sous le même nom, mais sous un habillage différent, ne sont pas du même tonneau. Une difficulté de plus dans le maquis de la Sicile des supermarchés.
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.