Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

12 rosés: Rosés le grand écart

Vin de saison mais par nature hybride, le rosé partage œnologues et dégustateurs. Notre verdict n’échappe pas à ce constat récurrent. Avec un bon point pour les rosés suisses de pinot noir.

Cette fois, on y a pourtant mis le prix! On a misé sur le haut du panier des rosés de supermarchés, avec une moyenne de 11,35 fr. la bouteille. Dans un match qu’on savait par nature disputé, tant le rosé divise le monde du vin, surprise relative, c’est le meilleur marché qui gagne. L’œnologue d’Ollon (VD) Bernard Cavé vient d’accepter le défi de créer une ligne pour la chaîne Casino, ex-Magro. C’est lui qui signe les vins, choisis et élevés chez des encaveurs et des coopératives romands. Sa dôle blanche, assemblage de pinot noir et de gamay valaisans, l’emporte, malgré une certaine sucrosité. A 8,90 fr. le flacon, elle devance l’œil-de-perdrix des Caves du Château d’Auvernier (NE), le vin le plus cher, à 15,50 fr. Les deux sont des 2004, un millésime plus équilibré, donc plus favorable aux rosés que le caniculaire 2003.

Jugé à la couleur
Le rosé illustre a contrario le proverbe en latin «De gustibus et coloribus non disputandum» («Il ne faut pas discuter des goûts et des couleurs»). Couleurs d’abord: saumon, cuivre, rose soutenu, rouge pâle, violacé, grenadine ou pelure d’oignon, toute la palette y passe, sans oublier les nuances, brillantes ou ternes. Les dégustateurs sont influencés par l’aspect: «La couleur d’un rosé fait la moitié de son charme», écrivait le grand œnologue, feu Emile Peynaud. Ensuite, le rosé brouille les papilles par ses excès de sucre, d’acidité, d’amertume ou de tanins, défaut rédhibitoire pour un vin à boire jeune et fruité.

Avantage au pinot noir
Quand on choisit, dans les rayons, des rosés chers, ces vins se divisent en deux catégories. D’abord, les indigènes: selon l’Observatoire du marché suisse du vin, seuls les œil-de-perdrix de la région des Trois-Lacs se vendent à un prix au-dessus de 12 fr. (en moyenne en 2004). Ces vins se retrouvent dans notre test. Et les valaisans réussissent le grand écart – premier et dernier…

Ensuite, les vins étrangers. Face aux rosés de pinot noir suisse, ceux de merlot et de cabernet-sauvignon manquent d’élégance et de rondeur naturelle. Leur mode d’élaboration peut être différent, aussi. Si, à Neuchâtel (rappel: plus du tiers du pinot noir local donne du rosé!), l’œil-de-perdrix découle souvent à la fois d’un raisin pressé directement et peu (ou pas) cuvé et d’une saignée sur des cuves destinées au rouge, à Bordeaux, les vins sont issus uniquement de saignées. Les œnologues ne sont pas d’accord sur les vertus et les défauts de l’un et l’autre procédés. Dès lors, ils ont beau jeu de décréter le rosé bâtard, parce que «faux vin blanc et faux vin rouge», selon Emile Peynaud.

Tous les cépages rouges ne lui conviennent pas: ainsi le chaud, alcooleux et lourd zinfandel donne des rosés pâteux. La syrah, à la mode, ne lui sied pas davantage. Malgré la part de marché exigu du rosé – moins de 11% des vins vendus dans les supermarchés – chaque producteur, grand ou petit, réputé ou méconnu, s’échine à commercialiser «son» rosé. Chandra Kurt vient d’en recenser huitante dans un livre en allemand, Drink Pink (Orell Füssli).

La journaliste n’a pas osé pousser le bouchon jusqu’à leur donner une note…

Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.