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12 vins rouges toscans: De faux jumeaux toscans

La Suisse est, derrière les Etats-Unis, un des acheteurs majeurs des grands vins rouges toscans que sont le Brunello et le Vino Nobile. De faux jumeaux, où il n’est pas facile de reconnaître les frères de sang.

Il y a des siècles que Montalcino et Montepul-ciano se tirent la bourre. Les deux cités toscanes ont appartenu aux seigneurs, adversaires historiques, de la grande province du centre de l’Italie: Sienne pour Montalcino et Florence pour Montepul-ciano. Sur les rayons des supermarchés, les deux vins figurent côte à côte. Il y a rarement plus d’une étiquette de l’un et de l’autre. Mais, selon une hiérarchie établie depuis le 19e siècle, le Brunello di Montalcino est mieux valorisé que le Vino Nobile di Montepulciano, pour un volume de production identique (autour de 5 millions de litres par an).

Des rouges «à manger»
Notre dégustation a révélé d’abord la perplexité du jury. Ces grands vins rouges ne sont pas faciles à apprécier «à sec». Les Toscans, qui n’ont pas leur pareil pour recevoir – chaque année, une centaine de journalistes, en février, font la tournée des caves pour découvrir le nouveau millésime mis sur le marché – savent que leurs crus doivent être vieillis longuement et décantés quelques heures avant d’être servis en carafe, sur des plats simples et rustiques, où la qualité des ingrédients est primordiale, des «antipastis» aux fromages affinés, en passant par la viande, «bistecca» ou «tagliatta».
Seul face à un verre de vin, l’appréciation est différente. Ainsi, il a fallu avoir recours quasi systématiquement à la deuxième bouteille, des faux goûts masquant la pureté du breuvage. Bouchon ou fût mal maîtrisé? La question n’a pas pu être tranchée (voir le dernier classé).

Des millésimes marqués
Les domaines toscans, qui cultivent souvent plusieurs centaines d’hectares et écoulent de 80 000 (Altesino) à 260 000 bouteilles (Castel Giocondo) de leur brunello, en passant par la «moyenne» de Val di Suga ou de Camigliano (160 000 flacons), insistent sur la différence des millésimes. Et à Montalcino, en février, une cérémonie attribue des étoiles à l’année viticole écoulée: 2004 a décroché le maximum de cinq étoiles, comme 1997, 1995 et 1990. Depuis 1990, toutes les années impaires ont quatre étoiles. 1999 devrait donc être supérieur à 2000. Mais, pêchées au hasard des casiers des supermarchés, des fins de lots de 1999 de Baroncini et de Castel Giocondo se sont montrées inférieures au 2000. Le premier s’est avéré très tannique, avec une finale dure. La vinification du second paraissait moins maîtrisée, avec un nez fermé, mais dans un style «moderne» que le 2000 confirme plus clairement encore.

A la dégustation, les vins les moins chers se classent en tête dans les deux appellations. Trois Vino Nobile font même bonne figure, l’un, de négociant, pointant au quatrième rang, devant celui des frères grisons Triacca, qui ont beaucoup investi en Toscane (chianti La Madonina et à Montepulciano), et le Trerose, propriété d’un domaine historique de Montalcino, décevant dans cette dégustation (Val di Suga, avant-dernier). Grandeur et décadence de la noblesse vinicole!

Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.