Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

12 vins rouges espagnols: L’Espagne entre ancien et moderne

Plus vaste pays viticole du monde, l’Espagne est celui qui progresse le plus dans les ventes, en Suisse. S’y côtoient vieille Europe et Nouveau-Monde. Pour le meilleur et pour le pire.

C’est une première: les six vins les mieux classés sont les moins chers. Rappelons que les dégustateurs ne connaissent pas le prix des vins. Ils les jugent sur leurs goûts, libérés de la pression qui fait dire: «Quand même pas si mauvais… pour le prix!» Mais sachez-le: pour des vins espagnols qui cherchent encore leur style, inutile de débourser 12 francs; 9 francs et moins suffisent!

Un fond de tempranillo
Il faut dire que ces bouteilles partageaient peu de choses. La provenance générale, certes. Mais la carte d’Espagne (ci-contre) montre comment sont éparpillés les 1,4 million d’hectares de vignes, soit cent fois le vignoble suisse. En revanche, tous ces vins s’appuient sur une solide base de tempranillo. C’est le raisin rouge espagnol par excellence, appelé Ull de Llebre en catalan, cencibel au sud, tinto fino ou tinto del pais dans plusieurs régions. Et tinta roriz quand il déborde au Portugal.

Cépage bon à tout faire, d’antique souche locale, le tempranillo est, désormais, marié à toutes les variétés, notamment internationales. Ainsi, à condition que l’étiquette ou la contre-étiquette le mentionne, le cabernet-sauvignon dans trois quarts des cas et le merlot composent ces assemblages. Voilà qui explique pourquoi les dégustateurs ont (trop) souvent noté «un nez mûr et une bouche dure». Une rudesse sans doute imputable au cabernet-sauvignon: des vignes jeunes, des rendements exagérés, une maturité (surtout des pépins de raisin…) insuffisante, un assemblage mal taillé…

Ces vins dits «modernes» essaient aussi de s’affranchir d’une tare qui frappe les vins espagnols: l’élevage prolongé en fût de chêne américain, plus marqué en vanilline. Cet excès de bois reste un cache-misère. La confusion est à son comble quand on sait que nombre de consommateurs croient reconnaître dans le bois un signe de qualité!

L’Espagne du changement
Ces vingt dernières années, l’Espagne viticole s’est profondément transformée. Des producteurs de mousseux, tel Freixenet, ont investi dans le vin rouge en plantant de nouvelles vignes ou en reconvertissant celles destinées au «cava», le plus célèbre des vins effervescents espagnols. Ainsi, les trois premiers vins de notre dégustation appartiennent à des géants spécialisés: Freixenet, puis Codorniu, producteur de «cava» également, qui a planté les 450 ha de son domaine de Nuviana en 2001, et Osborne, producteur de xérès et de rouge sur plus de 1000 ha, depuis 2002, sur son domaine de Solaz (80% de tempranillo). Des vins incontestablement modernes, d’un bon rapport qualité-prix, même s’ils n’enthousiasment pas vraiment...

Et les autres? D’une appellation d’origine (DO en espagnol) réputée, Pénédès, le vieux Marquès de Monistrol, qui appartient au géant de la Rioja ARCO, tente de faire le joint entre l’ancien et le moderne. Il y parvient un peu mieux avec son Crianza (qui signifie vieillissement d’un an en fût et d’un an en bouteille) qu’avec sa Reserva (vieillissement en fût beaucoup plus long). Le Somontano, nouvelle région viticole au pied des Pyrénées, au climat comparé à celui du Valais, malgré Idrias (fondé en 2002) et Pirineos (fondé en 1993), reste en retrait, comme l’appellation prestigieuse Toro, voisine de la Ribera del Duero. Car, pour 12 francs, de ce Toro, on n’a que la queue…
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.