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Ça va picoler sur les autoroutes!

Dès le 1er janvier, on pourra acheter et consommer de l’alcool en toute légalité sur les aires d’autoroute suisses. Bien sûr, la grande majorité des conducteurs sont des gens responsables, mais quelques soiffards ne résisteront sans doute pas à la tentation de siffler un ou deux verres de trop avant de reprendre le volant. Ne sous-estimons pas ce risque: le pays compte 300 000 personnes alcoolo-dépendantes, sans oublier les fêtards du week-end et les conducteurs étrangers. Ainsi, 17% des accidents avec des blessés graves ou des morts sont dus à l’alcool.

Quelle mouche a donc piqué les Chambres fédérales? Plusieurs interventions parlementaires avaient déjà tenté d’abolir cette interdiction datant de 1964, mais elles s’étaient heurtées à l’inflexibilité du Conseil fédéral. En 2003, par exemple, les sept Sages soulignaient même qu’«aucun argument pertinent ne justifierait un changement d’attitude à cet égard. Au contraire, la densité croissante du trafic sur les routes nationales exige une capacité de concentration et de réaction qu’une consommation même modérée d’alcool suffit à réduire.»

En 2017 pourtant, les sept (un peu moins) sages ont proposé d’adopter la motion déposée par la Commission des transports du Conseil national. Dans ses arguments, la commission s’est bien gardée d’évoquer les destins brisés par les accidents de la circulation. Pour elle, il y avait plus important: l’interdiction est une «distorsion de concurrence» qui pénalise les exploitants des aires d’autoroutes! L’argument a fait mouche auprès de la majorité bourgeoise.

La commission a cru bon d’ajouter que la plupart des accidents liés à l’alcool ont lieu dans les localités et non sur les autoroutes. Mais elle a étrangement omis de se demander si l’interdiction n’y était justement pas pour quelque chose! Et elle n’a pas voulu se rappeler qu’il existe une différence essentielle avec les autres commerces: tous les clients des aires d’autoroute viennent et repartent en voiture, souvent sur une distance assez longue.

La majorité bourgeoise a été inflexible. Le Conseil national a sèchement refusé, l’an passé, une motion socialiste qui souhaitait poser quelques limites à la vente.

Sébastien Sautebin