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L’açaï, encore un «superaliment»

Diététique Que penser des «superaliments» d’origine exotique? Apportent-ils vraiment quelque chose de plus que les produits locaux? L’exemple de l’açaï montre que cette notion est trompeuse.

Il y a une vingtaine d’années, l’açaï n’était consommé qu’en Amérique du Sud. Au bénéfice d’une campagne marketing percutante vantant ses effets protecteurs, anti-âge, voire amaigrissant, cette petite baie bleue connaît un véritable engouement aux Etats-Unis et en Europe.

Les anthocyanes, de précieux antioxydants

L’açaï est un palmier qui pousse dans le bassin de l’Amazone. Ses fruits, qui portent le même nom, poussent en grappes et mesurent environ un centimètre; ils sont formés d’un gros noyau recouvert d’une fine couche de pulpe juteuse dont le goût rappelle le chocolat. Mais la chair de l’açaï est fragile et doit être consommée dans les 48 heures. C’est pourquoi cette baie est commercialisée, sous nos latitudes, sous la forme de poudre, de jus ou de purée surgelée.

Disons-le d’emblée, aucun fondement clinique ne permet de confirmer les multiples effets thérapeutiques qui lui sont parfois attribués. Il serait vain d’espérer rajeunir avec une cure d’açaï, de se prémunir contre la prolifération de cellules cancéreuses ou encore de perdre des kilos. Cependant, cette baie possède un fort potentiel antioxydant, grâce à la présence d’anthocyanes qui aident à lutter contre le vieillissement cellulaire et certaines maladies dégénératives ou cardiovasculaires, entre autres.

Notons que, si les anthocyanes donnent à l’açaï sa couleur bleu-noir, elles pigmentent aussi myrtilles, mûres, cassis et sureau! Inutile donc d’aller chercher à l’autre du bout du monde ce qui se trouve chez nous.

«Superaliment» ne veut rien dire

L’açaï est pourtant considéré comme un «superaliment». Ce qualificatif, véhiculé à tout bout de champ, n’a pourtant aucune validation scientifique. L’Autorité européenne de sécurité des aliments interdit l’emploi de cette expression et les allégations «santé» qui pourraient l’accompagner. Par conséquent, elles ne peuvent pas figurer sur les emballages de produits comme l’açaï, les baies de goji ou les graines de chia. Cela dit, ces aliments sont effectivement riches en antioxydants. Des tests en témoignent… l’açaï détient le meilleur potentiel antioxydant, bien avant l’aronia et les mûres, trio vainqueur de ces classements.

Cependant, les recherches cliniques destinées à mesurer précisément les effets bénéfiques de ces «superaliments» n’ont été menées que sur des animaux ou in vitro, avec des cultures de cellules humaines. Ce sont des valeurs de laboratoire qui ne tiennent pas compte de la biodisponibilité des aliments, soit la quantité de nutriments réellement absorbée au niveau intestinal et utilisable par le métabolisme. De multiples paramètres interviennent dans ce processus, comme la façon d’apprêter l’aliment, son interaction avec la flore intestinale et les autres ingrédients qui l’accompagnent. On ne connaît pas non plus la dose nécessaire pour en tirer avantage!

De plus, le concept de «superaliment» pourrait inciter à négliger les végétaux «ordinaires» et les fameuses «cinq portions de fruits et de légumes». Mais aucun d’entre eux ne réunit à lui seul l’éventail de tous les nutriments nécessaires à un bon équilibre. Celui-ci est assuré par la combinaison des qualités nutritionnelles spécifiques de chaque aliment. Il est essentiel de manger varié, de saison, bio et local de préférence. Car, en plus d’une empreinte écologique élevée, les «superaliments» d’origine exotique sont trop souvent contaminés par des pesticides. C’est notamment le cas des baies de goji produites en Chine qui sont régulièrement épinglées pour des niveaux de pesticides supérieurs aux normes autorisées en Europe.

Doris Favre,
Diététicienne diplômée