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A qui profite le bio?

Trois milliards de francs. C’est la somme que les Suisses ont dépensé, l’année dernière, pour des aliments bio. C’est aussi un record mondial: 360 fr. par habitant, devant le Danemark (316 fr.) et la Suède (269 fr.). Pourtant, les Suisses ne sont pas les champions du monde de la consommation biologique. Elle ne représente «que» 9,9% dans notre pays contre 13,3% au Danemark.

Ce chiffre nous en apprend donc davantage sur la cherté du bio helvétique que sur sa popularité. Et, si les Suisses n’aiment pas mettre n’importe quoi dans leur assiette, le prix à payer pour une nourriture plus saine reste un frein encore trop important. Les dernières enquêtes sur le budget des ménages menées par l’Office fédéral de la statistique montrent que plus le revenu est élevé, plus la probabilité d’acheter bio augmente. En clair, ce genre de denrées restent encore largement réservées aux ménages aisés.

Côté producteurs, ces tarifs s’expliquent par des charges plus lourdes pour respecter des normes exigeantes, des risques plus élevés de pertes dues aux maladies, une main-d’œuvre plus importante ou des rendements plus faibles.

Mais ces arguments justifient-ils à eux seuls la différence considérable de prix entre ces produits (près de 145% plus chers pour notre panier bio, lire notre article)? En l’absence de transparence, le doute sur ce surcoût, en augmentation depuis dix ans, est légitime. D’autant plus que grossistes et détaillants profitent largement de cette propension des consommateurs à mettre le prix pour une nourriture plus saine.

En 2008 déjà, nos confrères alémaniques du magazine K-Tipp soutenaient que les marges réalisées par les deux géants orange sur les carottes bio (50% à 70%) étaient deux fois plus importantes que sur celles issues de l’agriculture traditionnelle (25% à 30%).

Il y a quelques jours, l’association française UFC-Que Choisir montrait que les marges brutes de la grande distribution sur les produits biologiques chez nos voisins étaient en moyenne 75% plus élevées que sur les articles traditionnels (jusqu’à 149% pour les poireaux).

La prise de conscience des consommateurs sur les risques sanitaires et environnementaux des pesticides n’est-elle qu’une aubaine pour la grande distribution? Il serait temps pour les distributeurs de faire la transparence sur leurs marges et de regagner la confiance des consommateurs.

A défaut de justifier ces prix, qu’on les baisse.

Pierre-Yves Muller
Rédacteur en chef