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La dangereuse revanche du gras

surpoids Les régimes alimentaires suivent des cycles qui amusent et agacent les nutritionnistes. Cette année, c’est la diète cétogène qui a le vent en poupe. Elle n’est pourtant pas meilleure que les autres.

Après Dukan, Cohen, Montignac, Atkins et compagnie, la mode est aujourd’hui au régime cétogène. A bas les sucres, vive les graisses! Un principe certes surprenant, mais qui fonctionne dans un premier temps, perte de poids à l’appui. Sauf que, comme pour la quasi-totalité des régimes alimentaires, les nombreuses restrictions qu’il engendre deviennent vite insupportables et les kilos perdus reviennent dès qu’on reprend ses habitudes.

Déstockage des graisses

Ce genre de diète, utilisé depuis longtemps par la médecine, notamment pour les enfants avec épilepsie réfractaire aux traitements, repose sur le processus de la cétogenèse.

Un peu de théorie: en état de jeûne prolongé, lorsque votre corps manque de glucose, soit la première source d’énergie des cellules, et que les faibles réserves contenues dans les muscles et le foie sont épuisées, il va fabriquer un substitut à partir de la graisse stockée dans nos bourrelets, les corps cétoniques. Pas besoin de faire un dessin pour imaginer l’intérêt à en tirer lorsqu’on cherche à perdre des kilos en trop...

Que de restrictions!

Le principe de ce régime est donc simple: réduire les glucides au strict minimum et, à l’inverse, augmenter massivement la part des graisses. Normalement, les recommandations alimentaires sont d’environ 50% de glucides, 35% de lipides et 15% de protéines. Avec le régime cétogène, les glucides tombent à moins de 5%, les lipides augmentent à 70% et les protéines à 25% de l’apport énergétique total.

Simple, mais impitoyable, car il exclut de très nombreux aliments, et pas des moindres: les fruits, la plupart des légumes (sauf ceux qui sont pauvres en glucides comme les épinards ou les endives), les produits céréaliers, les pâtes, le riz, les pommes de terre, les fromages frais et à pâte molle, et – évidemment – tout ce qui contient du sucre: sodas, chocolat, glaces, etc. Cela fait beaucoup, même si, à l’inverse, il fait la part belle aux viandes, poissons, œufs, beurre, huile, fromages, etc.

Une fausse solution

«En fait, il n’y a rien de neuf, commente Véronique Di Vetta, diététicienne à la consultation de prévention et traitement de l’obésité du CHUV. Comme tous les régimes qui modifient drastiquement notre alimentation, on constate effectivement une perte de poids dans un premier temps. Mais les restrictions sont telles qu’il est presque impossible de les tenir sur la longueur, et les kilos perdus reviennent alors tout aussi vite. Cela peut renforcer ou même induire des troubles du comportement alimentaire. C’est donc une fausse solution, car, comme tout régime, cela ne permet absolument pas d’être à l’écoute des signaux physiologiques de faim et de satiété. De plus, cette diète cétogène n’est pas sans danger pour la santé, puisqu’elle exclut les aliments qui contiennent beaucoup de fibres, de minéraux ou, plus simplement, de l’eau. Et que, à l’inverse, elle ouvre la porte aux graisses saturées et au cholestérol.»

Il en va donc du régime cétogène comme de tous ceux fondés sur des restrictions imposées: il est inefficace à long terme et induit des carences. Si l’on veut durablement perdre du poids, il n’y a qu’une solution: adopter une alimentation équilibrée et variée, écouter et respecter sa faim et sa satiété et, enfin, bouger au quotidien.

Christian Chevrolet