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Les sauvignons sèment la zizanie

Cultivé partout dans le monde, le sauvignon est le plus répandu des cépages aromatiques. Mais en climat tempéré, d’où il est originaire, ou chaud, où il se développe, son caractère est radicalement différent. Au point de désarçonner les dégustateurs les plus avertis.

Deux vins seulement à plus de 14 points, soit à la limite inférieure de «bon». Trois vins entre 12 et 13 points, jugés «satisfaisants». Et sept vins au-dessous, donc non satisfaisants. C’est peu dire que les sauvignons du monde entier (et de la grande distribution…) n’ont pas enchanté le palais des dégustateurs du jury de Tout Compte Fait. Et difficile de tirer de ce verdict une constante: les vins d’Océanie figurent aux places 1, 4 et 6; ceux d’Amérique du Sud aux places 2, 10 et 11; d’Afrique du Sud 3 et 12; de Suisse 4 et 8 (mais un seul point les sépare) et de la Loire 7 et 8. A part ce tir groupé de l’Europe, sous la barre du «satisfaisant», d’énormes écarts…

Le meilleur est ailleurs
Le sauvignon, manifestement, déroute. Naguère, quand on en élaborait à Sancerre et à Bordeaux (en assemblage avec du sémillon), les notes végétales ressortaient. Aujourd’hui, les meilleurs sauvignons de Sancerre ne se trouvent pas dans les grandes surfaces: à 15 fr. de moyenne, ils ne peuvent être que médiocres… Quant aux Suisses, ils en sont, depuis que le sauvignon a été planté en 1975 à Genève et au Tessin, encore à faire des essais sur des vignes jeunes et dans un climat pas toujours favorable (le Valais).

Encore que… Car quel est le climat le plus apte à donner des sauvignons de caractère? Chili, Afrique du Sud, Australie et, surtout, Nouvelle-Zélande se sont mis à en planter depuis vingt ans et à inonder le marché, élevant ce cépage au rang de variété mondialisée, derrière l’omniprésent chardonnay.

Deux vins ont symbolisé cette fracture quasi culturelle, le Nottage Hill australien et le Shingle Peak néo-zélandais. Du premier, que Christian Martray soupçonne d’avoir été acidifié par ajout de tartrique, Jean Solis dit qu’il est «bon pour les buveurs de Coca-Cola». Et seul Claudio De Giorgi a volé au secours du second en le créditant d’«une certaine typicité du cépage et de son caractère végétal». Les autres l’ont rejeté, comme une mauvaise caricature, avec des arômes comme «boostés» et une richesse à la limite de l’écœurement. «Ces vins déforment le consommateur qui finit par croire que tous les vins doivent être comme ça!» dénonce Christian Martray.

Et quand les boire? Les doucereux coupent l’appétit, et on ne voit pas quel plat ils pourraient accompagner. Sauf peut-être de la «worldcuisine» oscillant entre balsamique et soja, ni chair ni poisson. Les autres sont si désagréables que les sommeliers les déconseillent. «Vivement un verre de chasselas!» conclut Frédéric Compain!

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.