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12 syrahs: Tir groupé pour vin de chasse

D’où vient la syrah? Sur les rayons des supermarchés, la réponse est souvent: d’Australie. Mais la Suisse et les Côtes-du-Rhône septentrionales sont aussi présentes. Notre jury n’a pas été emballé par les bouteilles dégustées: dix vins sur douze classés «satisfaisants», sans plus.

Bien sûr, en choisissant un segment de prix où huit vins se situent entre 10 et 15 fr., il n’y a pas de miracle à attendre... Ni les meilleures syrahs du monde, celles des Côtes-du-Rhône autour de Tain-l’Hermitage, qui se cachent derrière les appellations fameuses que sont l’Hermitage, la Côte-Rôtie et le Cornas, ni les meilleures valaisannes, celles des Simon Maye, Denis Mercier, Didier Joris ou Jean-René Germanier, ne peuvent être au rendez-vous. A moins de 40 fr. pour les premières et de 25 fr. pour les secondes, circulez, il n’y a rien à boire!

Pourtant, la syrah est, sans doute, le cépage rouge qui, avec le merlot, a le plus proliféré de par le monde, ces vingt dernières années. Derrière les Côtes-du-Rhône, le Languedoc-Roussillon en a beaucoup planté. Mais, comme à Châteauneuf-du-Pape, la syrah sert d’appoint, en assemblage. Son côté épicé se marie avec le grenache, le carignan ou le mourvèdre, cépages sudistes.
Dans le Nouveau-Monde, l’Australie lui a fait confiance. Elle y porte le nom de shiraz. Un pionnier en amena quelques ceps de Montpellier en 1832 déjà. La Californie – qui lui préféra longtemps une «petite sirah» (sic) qui n’a rien à voir avec la vraie syrah –, le Mexique et l’Argentine l’ont aussi plantée. Et l’Afrique du Sud.

La fin d’une légende
Mais la syrah n’est pas facile à cultiver. Son rendement doit être contrôlé: à 35 hl/ha (et moins!), elle peut faire des merveilles; à plus de 80 hl/ha, elle perd ses arômes. En cave non plus, elle n’est pas facile à travailler: son caractère réducteur s’accommode aisément des fûts et barriques, mais gare au bois envahissant... Alcooleuse (près de 14°), elle peut vite manquer d’élégance. Grâce à sa puissance aromatique souvent poivrée, la syrah est associée au gibier, selon les canons de la gastronomie française.

Mais d’où vient la syrah? Ce cépage a fait fantasmer bien des vignerons. Il leur aurait plu qu’elle fût importée de Chiraz, la perse, ou de Syracuse, la sicilienne. Autre piste séduisante: qu’elle soit cette «vitis allobrogica» décrite par Pline, des vignes à Vienne, au sud de Lyon, plantées avant l’arrivée des Romains. La chercheuse de l’Université de Davis (Californie), Carol Meridith, grâce à l’ADN – la même méthode que pour la recherche en paternité – a pu démontrer, en 2000, que la syrah est fille de la dureza d’Ardèche et de la mondeuse blanche de Savoie. Elle appartient donc à la région qui livre ses meilleurs exemples: Hermitage, Côte-Rôtie ou Cornas et, par ricochet, le Grange (ex-Hermitage) d’Australie, obtenu depuis les années 1950, à partir de plants importés de France.

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.