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Des yogourts aussi sucrés qu’un cornet de glace chocolat…

sucre Les yogourts sont présentés comme des produits sains. Mais, comme le montre notre analyse de gobelets aux fraises ou à la vanille, leur teneur en sucre est toujours très élevée.

Août 2015. Pavillon suisse de l’Exposition universelle de Milan. Une dizaine de dirigeants et autres CEO d’entreprises de production et de distribution s’engagent, devant le conseiller fédéral Alain Berset, à réduire volontairement la teneur en sucre de leurs yogourts et de leurs céréales. Parmi elles, Coop, Migros, Emmi, Nestlé Suisse, Cremo, bio-familia, Bossy Céréales, Molkerei Lanz, Wander et la société de meunerie E. Zwicky. En septembre 2017, Aldi, Danone, Kellogg’s et Lidl signaient à leur tour ce protocole
d’entente.

Pas si sains qu’il n’y paraît

L’enjeu pour la santé publique est de taille. Selon les statistiques, les Suisses consomment 110 g de sucre par jour, soit plus du double de la quantité recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les adultes dépensant 2000 calories par jour. Le Conseil fédéral a choisi de se pencher en priorité sur les yogourts et les céréales, car ceux-ci sont considérés comme des aliments sains par les consommateurs.

Il est vrai que les produits laitiers contiennent des éléments nutritifs importants. Ils sont riches en protéines, en vitamines B2 et B12, en calcium, en zinc et en iode. Donc, les yogourts ont particulièrement la cote. Chaque Suisse en consomme 17 kg par année en moyenne. Le hic, c’est que leur teneur en sucre est souvent élevée.

En partenariat avec le magazine alémanique K-Tipp, Bon à Savoir a voulu en savoir davantage. Nous avons fait tester treize yogourts vanille et douze aux fraises. A titre comparatif, des produits achetés en France et en Allemagne ont été glissés dans l’échantillonnage. Le laboratoire a mesuré la teneur totale en sucre qui comprend le saccarose (sucre cristallisé), le glucose (sucre de raisin), le fructose (sucre de fruit) ainsi que le lactose (sucre de lait) et le galactose. Ces deux derniers sont présents naturellement dans les yogourts.

Avantage aux fraises

Les résultats montrent que les yogourts vanille sont légèrement plus sucrés que ceux aux fraises, que cela soit en Suisse, en France ou en Allemagne. Le yogourt le plus sucré du test est toutefois un produit allemand qui contient 18,3 g de sucre aux 100 g. Le plus sucré des yogourts fraise est le M-Classic de la Migros avec 15,3 g de sucre aux 100 g. A l’autre bout du classement, les plus raisonnables sont les yogourts fraise Nature Active bio de chez Aldi et le Hirz aux fraises acheté chez Coop avec, chacun, 11 g de sucre pour 100 g. Côté vanille, c’est le M-Budget de Migros qui l’emporte, avec 11,3 g de sucre pour 100 g.

En moyenne, les produits analysés contiennent 13,1 g de sucre aux 100 g. Cela représente 24 g par gobelet de 180 g. A titre de comparaison, un cornet de glace chocolat affiche 20 g au compteur, alors qu’une fusée à l’eau en renferme 10 g.

On se dit surpris…

Emmi, signataire de la Déclaration de Milan, critique les résultats de notre analyse. Le groupe, basé à Lucerne, affirme que ses mesures internes arrivent à d’autres conclusions. Nestlé et Lidl, également signataires, soulignent que la teneur en sucre de leurs produits a déjà été réduite et que les efforts se poursuivent.

Migros, qui s’est aussi engagée à Milan, explique qu’il est difficile de produire une masse homogène. Selon elle, il se peut que certains gobelets contiennent plus de fruits que d’autres, ce qui influence la teneur en sucre. Le géant orange se montre par ailleurs surpris par la teneur en glucose de son M-Classic fraise. Il affirme que ses propres analyses donnent des résultats plus bas. Pour sa part, l’entreprise allemande Schwarzwaldmilch indique qu’elle développe actuellement de nouvelles recettes moins sucrées, afin de répondre à une demande croissante des consommateurs.

Vive le yogourt nature!

La Confédération, de son côté, se dit satisfaite des réductions observées jusqu’ici, même si les buts fixés ne sont pas encore atteints, pondère Nathalie Rochat, porte-parole de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). Elle relativise toutefois la comparaison entre yogourts et desserts, car elle ne tient pas compte des sucres présents naturellement dans les produits laitiers. La tabelle montre toutefois que le lactose ne représente qu’une petite partie de la teneur totale en sucre.

Conclusion: malgré les efforts entrepris jusqu’ici, il y a encore du chemin à parcourir pour faire des yogourts de véritables en-cas sains. Qui veut vraiment éviter de manger l’équivalent d’un cornet de glace chocolat pour le petit-déjeuner préférera un yogourt nature agrémenté de fruits de saison. Même si leur teneur en sucre peut varier, elle reste nettement au-dessous de celle des yogourts testés.

Julia Wyss / Sandra Porchet