Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

Punaise, ça coûte cher!

insectes comestibles Migros se met aux vers. Le détaillant vient de rejoindre Coop en ajoutant des insectes à son assortiment. Les produits proposés par les deux rivaux sont différents, mais ils ont en commun un prix élevé.

Un sachet de vers de farine séchés Mi Bugs? C’est 3.30 fr. les 30 g. Les grillons? 4.90 fr. les 20 g. Et si l’on veut des sauterelles, il faut débourser 6.90 fr. pour 15 g! Depuis la mi-octobre, Migros propose, dans 180 magasins, les trois espèces d’insectes comestibles autorisés en Suisse. Le géant orange rejoint ainsi Coop, qui était, jusqu’à présent, le seul grand distributeur à proposer des insectes depuis leur autorisation en mai 2017 (lire encadré).

Une denrée de luxe

Migros a choisi de les vendre entiers sous forme séchée et non assaisonnée, se démarquant ainsi de son rival qui a opté pour des burgers, des snacks et des barres fruitées. Une approche différente donc, mais un point commun: ces petites bébêtes sont vendues plus cher que les meilleures viandes!

Jugez-en plutôt: les vers de farine Migros reviennent à 130 fr. le kilo, les grillons à 245 fr. et les sauterelles atteignent carrément 460 fr.

Chez Coop, le calcul est un peu différent. Les snacks au curry, proposés à 6.95 fr. la boîte de 70 g, coûtent ainsi 99.30 fr. le kilo. Mais ce produit est essentiellement composé de cacahuètes, de noix de cajou et d’amandes. Les vers de farine entiers séchés ne représentent que 14%. Ça fait cher les cacahuètes! Pour ingurgiter un kilo d’insectes avec ces snacks, il faudrait dépenser… plus de 700 fr.!

La barre fruitée aux insectes (3.60 fr. les 35 g) coûte près de 103 fr. le kilo, alors qu’elle ne contient que 10% de grillons. Les burgers sont moins onéreux: 8.95 fr. les 170 g, soit 52.65 fr. le kg, avec 31% de vers.

Considérés comme «une ressource particulièrement appropriée pour l’alimentation humaine et animale» par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les insectes n’en demeurent pas moins, pour l’heure, une denrée de luxe, en Suisse.

Petite production, gros coûts

Mais comment les deux géants orange justifient-ils de tels prix? La question irrite un brin Tristan Cerf, porte-parole de Migros: «Si vous trouvez moins cher, dites-le moi!» Et d’arguer que l’enseigne a fait de gros efforts pour «les offrir à un prix inférieur au marché» en se fournissant en Hollande plutôt qu’en Suisse et en faisant preuve de frugalité sur les marges. «Nous n’allons pas nous enrichir avec les insectes, poursuit Tristan Cerf. Les coûts de production élevés expliquent la situation actuelle. Les produits de niche sont toujours plus chers que ceux de grande consommation.»

Même explication de Coop: «Les insectes que nous vendons sont élevés et transformés à la main et en très petites quantités par une start-up zurichoise. Dès que la production pourra être augmentée, les prix baisseront.»

Il faut un prix inférieur à la viande

Selon Thomas Brunner, professeur en comportement des consommateurs à la Haute Ecole spécialisée bernoise et auteur d’une étude sur la consommation d’insectes en Suisse, «les prix actuels représentent un obstacle certain. Mais le segment des consommateurs qui sont, pour l’heure, intéressés par ces produits ne se concentrent pas trop sur le coût. Ils veulent quelque chose de spécial, un met de choix, et sont prêts à payer en conséquence. Mais, pour attirer un vaste groupe de consommateurs, il faut une baisse. Cela ne deviendra possible qu’en élevant et en transformant les insectes à grande échelle. La vente de produits à base d’insectes fera un bon en avant si leur valeur marchande descend, un jour, en dessous de celle de la viande.»

Un scénario que Tristan Cerf juge, pour l’heure, très hypothétique. «La situation ne va pas changer de sitôt, ce ne sera pas simple. Notre offre est, pour l’instant, plutôt de l’ordre de la découverte.» Dans les trois premières semaines qui ont suivi leur introduction, Migros dit avoir écoulé 12 000 sachets d’insectes.

Sébastien Sautebin