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Jusqu'à 16 pesticides dans l’eau du robinet!

ANALYSE L'eau potable suisse n'est pas à la hauteur de sa réputation. C'est ce que montrent les mesures que nous avons effectuées en partenariat avec nos confrères alémaniques de K-Tipp. A Goumoens-la-Ville, dans le canton de Vaud, l'eau du robinet contient sept substances problématiques différentes.

Bon à Savoir a prélevé 20 échantillons aléatoires d'eau potable dans des ménages de Suisse romande et de Suisse alémanique. Côté alémanique, les régions choisies étaient celles où nous avions précédemment détecté des pesticides, ainsi que les lieux proches des zones agricoles. Le laboratoire a examiné l'eau à la recherche de 45 pesticides courants et de leurs produits de dégradation. L'eau potable de la commune zurichoise de Höri ZH est la plus souillée: les experts y ont trouvé 16 résidus de pesticides. En Suisse romande, c’est Goumoens-la-Ville qui détient le record, avec 7 résidus différents.
 
Au total, 16 des 20 échantillons contenaient des produits de dégradation du chlorothalonil. Ce fongicide est utilisé dans la viticulture et la céréaliculture depuis les années 70. L'Autorité européenne de sécurité des aliments suppose que ce produit peut causer des cancers.
 
Depuis début 2020, l'utilisation du chlorothalonil n'est plus autorisée en Suisse. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) avait au préalable fixé une valeur maximale pour l'eau potable de 0,1 microgramme par litre pour cette substance.
 
Plusieurs échantillons d'eau de notre test dépassent cette valeur: il s’agit de ceux d'Aarau, Rothenhausen (TG), Kappelen (BE), Neunkirch (SH), Rickenbach (SO), Trimbach (SO), Höri (ZH) et Goumoens-la-Ville (VD). À Kappelen, cette valeur a même été dépassée de plus de 18 fois.
 
Les résidus ne se dégradent que lentement
 
Le laboratoire a trouvé des produits de dégradation du pesticide chloridazone dans dix échantillons d'eau potable. Entre 2008 et 2015, selon l'Office fédéral de l'agriculture, cinq à dix tonnes ont été pulvérisées chaque année. Dans l'UE, le désherbant est interdit pour la culture de la carotte depuis 2018. Il est considéré comme toxique pour les organismes aquatiques. En Suisse, en revanche, les produits contenant du chloridazone peuvent encore être utilisés jusqu'à la fin de l'année.
 
Selon l'Office fédéral de l'environnement, il faudra probablement des décennies avant que l'interdiction n'entraîne une réduction des concentrations dans les eaux souterraines, qui ne se renouvellent que très lentement.
 
Dans huit échantillons, le laboratoire a trouvé un produit de dégradation du nicosulfuron. Ce désherbant est utilisé dans la culture du maïs. Dans le canton du Jura, l'utilisation du nicosulfuron à proximité de certaines rivières est interdite depuis le début de l'année, car il est très toxique pour les organismes aquatiques. En Suisse, une teneur maximale légale de 0,0087 microgramme par litre s'applique à ce pesticide dans l'eau potable. En revanche, il n'existe pas de valeur limite pour son produit de dégradation, le nicosulfuron USCN. L'eau potable des deux communes soleuroises de Rickenbach et Trimbach en contenait plus de 0,1 microgramme par litre.
 
Dans ces deux municipalités et à Neunkirch (SH), le laboratoire a également trouvé les résidus les plus élevés de diméthachlore CGA 369 873, un produit de dégradation du désherbant diméthachlore. À Höri, le laboratoire a également détecté des résidus du pesticide atrazine dans l'eau potable. La vente de cet agent est interdite depuis 2007 car il est aussi nocif pour la vie aquatique.
 
Risque pour l'approvisionnement en eau
 
Kurt Seiler, responsable du contrôle des denrées alimentaires pour les cantons de d’Argovie, Appenzell et Schaffouse, dit ne pas être surpris par ces résultats: «ils sont typiques de l'eau potable qui provient de régions où l'on pratique l'agriculture intensive.»   Selon lui, il est important que les quatre pesticides diméthachlore, nicosulfuron, métazachlore et terbuthylazine, dont les produits de dégradation ont été trouvés dans nos échantillons, «ne puissent plus être utilisés dans les systèmes d'approvisionnement en eau».
 
Les quantités de pesticides mesurées dans notre test ne constituent pas en elles-mêmes un danger aigu pour la santé. Le problème, c’est que de nombreuses denrées alimentaires contiennent également des pesticides, comme nous l’avons montré à plusieurs reprises.
 
Les experts supposent que ces polluants ne font pas que s'additionner, mais qu'ils se renforcent mutuellement dans leur combinaison. Et les conséquences concrètes de ces cocktails de pesticides sur la santé humaine n'ont pas fait l'objet de recherches.
 
Lukas Bertschi/pym