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Les fournisseurs d’accès à internet ne maîtrisent pas leur vitesse!

connexions internet Il est bien souvent inutile d’investir dans un abonnement à très haut débit. Notre test le montre: la majorité des internautes n’atteignent jamais les valeurs promises.

Depuis l’arrivée de la fibre optique, les fournisseurs d’accès à internet (FAI) ne cessent de proposer des abonnements ­toujours plus rapides. UPC Cablecom a récemment revu toutes ses offres à la hausse et promet une vitesse de téléchargement atteignant 250 Mbit par seconde. Le leader Swisscom va même plus loin en plaçant la barre à 1 Gbit/s (1000 Mbit/s), à grand renfort de publicité.

Promesses non tenues

A l’autre bout de la ligne cependant, la déconfiture guette très souvent l’internaute. Tel est le résultat de l’enquête que Bon à ­Savoir a réalisé en partenariat avec l’émission On en parle (RTS-La Première). Sur des milliers de mesures, 90% des abonnés au bénéfice d’un abonnement égal ou ­supérieur à 20 Mbit/s – tous opérateurs confondus – n’ont pas atteint la vitesse de téléchargement maximale. Pire: 80% n’atteignent même pas 15 Mbit/s (lire encadré «Déroulement du test»).

Confrontés à nos résultats, Swisscom, UPC Cablecom et Sun­rise bottent en touche: «Nos propres tests montrent des résultats différents. De plus, nous ne pouvons assumer aucune responsabilité pour le débit situé après le point de mise en ligne, car nous n’avons aucune influence sur les appareils et les tronçons situés plus loin», se défend Andreas Werz, porte-parole d’UPC Cablecom.

Même son de cloche chez Swisscom: «Pour pouvoir exploiter pleinement la vitesse que nous rendons possible, les terminaux et logiciels côté clients, de même que les services utilisés dans le ­réseau (par ex. YouTube, Drop-box), doivent être en mesure de traiter les flux de données», détaille son chargé de la communication, Chris­tian Neuhaus. Or, c’est justement loin d’être le cas!

«Jusqu’à 75 Mbit/s, les providers tiennent leurs promesses dans 95% des cas», avance Peter Heinzmann, professeur à la Haute Ecole technique de Rapperswil. Il est aussi directeur du cnlab, un ­laboratoire qui réalise des tests pour le compte de Swisscom, Sun­rise et UPC Cablecom.

Le hic, c’est que ces relevés n’indiquent que le débit entre les providers et le matériel de mesure du laboratoire, dans des conditions optimales! Car, lors­qu’on le calcule, cette fois, au niveau de l’ordinateur d’un abonné, les cho­ses se compliquent: «Là, nos tests mon­trent qu’à peu près la moitié des internautes n’atteignent pas la valeur affichée par leur abonnement», concède le spécialiste. Qui explique qu’une ribambelle de facteurs sont en cause.

Comme un tuyau percé

Principales limites, l’ob­so­les­cen­ce du matériel de l’abonné, que ce soit l’ordinateur (processeur trop lent), le routeur ou encore le câble ethernet qui relie la machine au réseau. Une connexion par wifi plutôt que câblée peut, elle aussi, faire chuter drastiquement la vitesse, notamment lorsqu’un ou plusieurs murs séparent l’émetteur du récepteur. Enfin, le genre de raccordement entre également en jeu. Avec une connexion téléphonique de type ADSL, le flux maximal peut varier de 5 à 50 Mbit/s, en fonction de la longueur du raccordement entre son domicile et le ­boîtier

de Swisscom du quartier. Avant d’acheter un abonnement à haut débit, il est donc impératif de connaître les caractéristiques de la ligne disponible à son domicile.

Les ralentissements pendant le voyage des données de serveur en serveur sont un autre facteur limitant. Il est généralement impossible de savoir par quel endroit du globe vont transiter les informations. Et si les tests de vitesse disponibles sur les sites des FAI utilisent toujours des serveurs proches et à grande capacité, il n’en est pas toujours de même lorsqu’on surfe «pour de vrai» sur internet!

Peter Heinzmann en a apporté la preuve en mesurant le débit sur quatre serveurs situés aux Etats-Unis, susceptibles de générer du trafic en provenance de sites internet fortement sollicités. Il a alors relevé les valeurs suivantes: 35, 5, 150 et 32 Mbit/s! Conclusion: mê­me si le tuyau entre le provider et son client permet en théorie d’écou­ler plusieurs centaines de mégabits, le débit réel risque de se réduire comme peau de chagrin. En amont, par les capacités des serveurs situés sur le chemin de l’information et, en aval, par les fuites matérielles chez le client ou sur la ligne qui alimente son logement.

Hautes vitesses superflues

Les performances de transmission résultent-elles donc uniquement de facteurs hors de portée des providers? «Je n’irais pas jusque-là, nuance ­Peter Heinzmann. A partir de 150 Mbit/s, ils n’arrivent eux-mêmes plus à garantir sys­­té­­ma­­tiquement le dé­bit promis. Et ceci tout particulièrement pendant les heu­res de pointe, où on note une diminution considéra­ble, par exem­ple pour les abonnés UPC Ca­blecom avec des contrats de 250 Mbit/s.»

Que les li­mitations soient de leur ressort ou non, les entreprises de télécom­munica­tions proposent malgré tout des abonnements à des vitesses que la majorité des internautes ne peuvent pas atteindre. Ce qui ne semble pas les gêner outre mesure: «Swisscom part de l’idée que, à l’avenir, d’autres services et applications que nous ne connaissons pas encore verront le jour et requerront des bandes passantes nettement supérieures», se défend Christian Neuhaus. Un pari sur l’avenir, en somme, mais qui coûte cher aux utilisateurs! Chez Swisscom, le prix de l’ultrahaut ­débit dépasse allégrement les 100 fr. par mois. Et, chez UPC Cablecom, les clients ont vu leur facture augmenter automatiquement de 3 fr. par mois en échange de performances accrues (lire notre enquête du 10.3.2014). Pourtant, pour la grande majorité des internautes, la haute vitesse est tout bonnement superflue (lire encadré «Quelle vitesse pour quel usage?»).

Vincent Cherpillod

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