15 paquets de spaghettis: traces de pesticides toxiques!

BàS / n° 03-2014 (p.20-21) 07.03.2014
3 minutes de lecture Alimentation
Sept paquets de spaghettis sur quinze recèlent des traces d’insecticides. Si certains experts estiment qu’ils peuvent nuire à la santé, même à faibles doses, d’autres pensent qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Au vu des résultats de notre test, une question se pose: est-il encore possible, aujourd’hui, de manger, l’esprit tranquille sans avoir peur d’ingérer des pesticides? Car, contrairement à une idée largement répandue, ces substances ne sont pas seulement présentes dans les fruits ou les légumes… En collaboration avec l’émission On en parle (RTS-La Première), nous avons fait examiner quinze paquets de spaghettis vendus dans les grandes surfaces et les discounters pour savoir si, eux aussi, étaient concernés. Les résultats du laboratoire montrent que sept d’entre eux sont touchés (voir tableau).

Patrick Edder, chimiste cantonal genevois en charge des analyses se réjouit toutefois des faibles concentrations qui se situent largement dans les normes légales (lire encadré). Et souligne l’absence totale de pesticides dans les produits bio, comme le veut la loi. Mais il constate néanmoins qu’il s’agit d’une denrée alimentaire de plus qui en contient, qui plus est un aliment de base.

Discrets pesticides

A cinq reprises, les experts ont décelé du pirimiphos-méthyl, un insecticide utilisé dans la lutte contre les insectes lors du stockage des céréales et de la farine en silo. Quant à la cyperméthrine, uni­quement présente dans le produit Qualité & Prix de Coop, elle est ­employée à travers le monde pour protéger diverses variétés de cul­tures (céréales, coton, café, etc.). Enfin, le laboratoire a trouvé du terbufos dans les spaghettis de Denner et pas des moindres puis­que la quantité décelée (0,007 mg/kg) frô­le la limite autorisée (0,010 mg/kg).

Pour Denner, «ce résultat n’est nullement satisfaisant». Il a d’ailleurs tout de suite interpellé son fournisseur qui n’explique pas, lui-même, comment de tels résidus ont pu se retrouver dans des matières premières. Le fabricant avan­ce cependant, tout comme Manor et Coop, que les valeurs sont confor­mes à la législation en vigueur. Quant au discounter Aldi, il est certain que ses spaghettis sont sans danger pour les consommateurs. Enfin, selon Lidl, les traces de pi­rimiphos-méthyl n’influen­cent en rien la qualité du produit.

Menaces pour le fœtus

Face à ces résultats, Nicolas Roth, collaborateur scientifique au Centre suisse de toxicologie humaine appliquée (Scaht) est «rassuré» et estime «qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter». Non seulement les concentrations sont bien inférieures aux limites maximales de résidus (LMR), mais, en plus, elles se situent nettement au-dessous des doses journalières admissibles (DJA), soit la quantité d’une substance (comme un résidu de pesticide) qu’un individu peut ingérer tous les jours de sa vie sans risque pour sa santé. Quant aux potentiels effets cocktail, le spécialiste estime que ce genre de nuisances ne s’applique pas ici, puisqu’un seul type de résidu a été trouvé dans la majorité des échantillons incriminés.

François Veillerette, porte-parole de l’Association française Générations futures pour la défense de l’environnement, partage un avis totalement différent. Selon lui, le pirimiphos-méthyl et la cyperméthrine sont à classer dans la famille des perturbateurs endocriniens, des substances soupçonnées d’avoir des effets néfastes sur la santé. Ainsi, bien que les limites fixées par les autorités sanitaires ne soient certes pas franchies, ces pesticides, même ingurgités à faibles doses, peuvent, à son avis, avoir de fâcheuses conséquences sur le système hormonal, d’autant plus s’ils sont combinés avec d’autres substances similaires au cours de la journée. Les fœtus et les jeunes enfants seraient ainsi les plus menacés.

Marie Tschumi

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Dans le détail

Normes des céréales et du blé

Les spaghettis étant des produits de transformation, il n’existe pas de normes spécifiques pour ce genre de denrées. Par conséquent, nous avons pris en compte les données des matières premières (céréales et blé) en nous basant sur l’ordonnance sur les substances étrangères et les composants dans les denrées alimentaires. Mais aussi en nous référant aux «limites maximales de résidus» (LMR) fixées par la Commission européenne qui vise à garantir aux consommateurs le niveau d’exposition aux pesticides le plus faible possible.
Ainsi, pour le terbufos et le pirimiphos-méthyl, les normes retenues sont en réalité celles des céréales, donc respectivement 0,01 mg/kg et 5 mg/kg au maximum. Et concernant la cyperméthrine, c’est la valeur du «blé» qui a été considérée (2 mg/kg).